Après deux mois enfermés dans nos terriers, l’heure est venue de pointer le museau à l’air libre et, pour nombre d’entre nous, retrouver le chemin du travail.

Alors que les transports en commun vont redémarrer au ralenti, avec de très nombreuses restrictions (masque, distanciation, vélos interdits), nombre d’entre nous pourront être tentés de troquer leur bus ou leurs pieds pour la voiture ou le vélo afin de se protéger.

Le frein le plus souvent cité pour l’utilisation du vélo, c’est l’insécurité des cyclistes dans le trafic motorisé. Afin d’éviter un report modal massif vers la voiture, il est important que la rue soit en mesure d’accueillir de manière sécurisée ces néo-cyclistes, notamment sur les axes de desserte des faubourgs, qui sont les plus roulants.

C’est ce qu’ont compris de très nombreuses villes de par le monde, avec la mise en place de pistes temporaires. Ainsi, en France, Lyon +56 km, Paris +50 km, Bordeaux +25 km, Grenoble +18 km. Même des villes peu hospitalières pour le vélo s’y sont mises : Marseille +9 km, Aix  +13 km, Montpellier « un-des-deux » +15 km. Même Nice s’y met ! Avec 60 km.

Dans l’agglomération strasbourgeoise, des propositions d’un collectif d’associations ont été présentées à l’Eurométropole, avec des identifications précises d’axes connus depuis longtemps comme devant être sécurisés.

Après arbitrage du Maire, seule a été décidé le passage de la grande ile en zone de rencontre, une mesure certes bienvenue pour les piétons, mais peu incitative pour les cyclistes. Quelques couloirs de bus ouverts aux cyclistes, parmi les rares qui ne l’étaient pas encore, pourront convaincre les plus aguerris de la pédale mais sont absolument insuffisants pour pousser des cyclistes potentiels de franchir le cap.

Nous ne sommes pas en mesure d’entendre les arguments qui nous sont présentés, et que nous avons trop entendus :

« 700 km de pistes cyclables, estimez vous heureux ! » est l’arbre qui cache une forêt d’aménagement datés, illisibles ou sur trottoir, générant des conflits avec nos amis piétons.

« Pas de temporaire, on ne veut que du permanent », résonne comme un appel à ne surtout rien faire, alors que les axes cités, souvent des autoroutes urbaines où l’espace public est phagocyté par la voiture, sont connus depuis des années comme étant hostiles aux modes doux.

Le compte n’y est pas et nous appelons la mairie et l’Eurométropole à l’action. Pour que la capitale des vélos devienne la capitale des cyclistes, il faut agir vite, ici et maintenant !

Le vélo, c’est facile, le vélo, c’est rapide et adapté à toutes et tous !
Un aperçu, en une carte, dans l’agglomération strasbourgeoise :

Alors, vélo balade, vélo pour se changer les idées, vélo détente, vélo sport… On peut ou pas ?

On vous parlait, dans un article récent, des atermoiements persistants du gouvernement au regard du vélo pendant le confinement : vélo autorisé, interdit… Finalement, on pourrait faire du vélo transport, mais pas de vélo loisir, ou alors, seulement « pour aérer les enfants », suivis par un adulte à pied… En voilà de l’exégèse de décret !

Nous, on préfère rester à la maison pour limiter les risques. Mais parfois, le besoin de s’aérer devient vital, et le vélo est un excellent moyen pour cela.

Maitre Eolas, Arret sur Images ou Weelz, entre autres, nous l’ont rappelé : le décret, seule base de verbalisation, autorise les activités de loisir (<1h, <1km), sans aucune discrimination. Des visuels malvenus, surement élaborés par un stagiaire dans un obscur bureau de la Place Beauvau, ont pu laisser penser le contraire.

Or, ce même Ministère de l’Intérieur, dans un mémoire en réponse à un requête de la FUB devant le Conseil d’Etat, contre les fermeture de pistes, rappelle que – oh surprise ! – la pratique du vélo loisir n’est pas, et n’a jamais été interdite :

A noter toutefois l’exception bas-rhinoise : la Préfète a pris le 15, puis le 20 avril, un arrêté interdisant toute activité de loisir, sur les seuls itinéraires cyclables. Préférez donc les voiries autres ou, plus simple, mettez à profit vos achats de première nécessité pour vous balader à vélo, sans limitation de temps ou de distance.

En cas de verbalisation, que faire ? Encore une fois, Weelz nous donne la réponse :

« Si le représentant de l’Etat, malgré toutes vos tentatives de négociation et d’explications, refuse d’entendre raison mais que vous estimez être dans votre droit, il convient de procéder ainsi :

– Accepter le procès-verbal
– Ne pas payer l’amende forfaitaire
– Remplir une requête en exonération

Conformément aux dispositions de l’article 529-10 du Code de procédure pénale, une amende est contestable. Vous avez donc le droit de réfuter juridiquement celle-ci en réalisant une requête en exonération (article 529-2) sur le portail de l’Agence nationale de traitement automatisé des infractions.

C’est ensuite à un juge du tribunal de votre circonscription de décider de la suite à donner à cette requête. Cela peut être un refus, une relaxe pure et simple, ou bien un montant d’amende diminué. Puisque seul le texte du décret fait foi, il sera très facile d’invalider le PV s’il a été dressé pour des motifs non recevables.

Dans tous les cas, vous devrez fournir des preuves. Veillez à bien garder votre attestation de sortie du jour, l’adresse de départ et l’adresse du lieu où vous vous rendiez (dans le cadre d’une utilisation vélo utilitaire). Fournissez également le texte du décret. »

Il y a un an, nous organisions notre première Vélorution schilickoise, dans une ambiance militante et festive ( en association avec le Cadr67, Alternatiba et d’autres collectifs convergents). Une masse critique de 360 cyclistes passant sous les panneaux d’entrée de l’autoroute, une conclusion nocturne au son de la fanfare, cette manifestation reste un souvenir fort pour tou.te.s ces participant.e.s

Nous ne nous doutions pas qu’un an plus tard, l’actualité vélo en France battrait son plein :

  • L’épisode de la grève des transports en commun fin 2019 avec comme conséquence le boom des vélos à Paris et ailleurs,
  • la campagne des municipales et ses programmes hétéroclites en matière de mobilités,
  • un début de confinement carrément hostile à l’ensemble des cyclistes -y compris pour les valeureux vélotaffeurs, parfois premiers de cordée-,
  • puis un heureux retournement de situation mi-avril avec l’émergence des pistes temporaires importées en France par les camarades de Vélocité Montpellier,

Une chronologie en forme de montagnes russes auxquelles les cyclistes de la plaine d’Alsace ne sont pas forcément habitué.e.s…

Nous approchons donc de la sortie progressive du confinement dans un contexte national très favorable au vélo. Ce sont près de 20 métropoles ou départements qui ont déjà engagé un réel effort d’urbanisme tactique pour partager l’espace public et donner une vraie place aux cyclistes et piétons afin de circuler en sécurité et de respecter la distanciation sociale nécessaire les prochains mois : création de pistes temporaires, trottoirs élargis, rues apaisées, etc.

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Les premiers projets de pistes temporaires montpelliéraines, photos du 24 avril 2020

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La région Ile de France et la ville de Paris vont coopérer et investir 300 millions d’euros pour créer un RER vélo, véritable alternative cyclable au réseau de transport en commun francilien

 

Pour revenir au contexte local, suite à notre lettre ouverte envoyée à l’ensemble des maires de l’agglomération, nous sommes dans un réel espoir que la solution vélo soit enfin considérée avec tout l’intérêt qu’elle mérite par nos élu.e.s, et que les plus courageux et clairvoyants sauront entraîner les autres dans leur ambition urgente d’une Eurométropole cyclable pour tou.te.s 🙂

Il est question actuellement, dans de nombreuses grandes villes, d’appeler le vélo à jouer un rôle dans la mobilité post-confinement. Le vélo est un moyen simple et économique d’éviter la concentration, notamment dans des transports en commun dont l’utilisation à partir du 11 mai sera contrainte. Tout l’enjeu est d’éviter que les personnes cherchant à éviter bus et tram se reportent massivement sur la voiture.

Dans la métropole strasbourgeoise, les trajets de moins de 3 km se font encore à 74%  en voiture, contre  seulement 12 à vélo et 10 en transports en commun (source enquête Adeus 2018, données 2015).

Encore faut il que les infrastructures suivent et soient en mesure, à la fois d’absorber ce nouveau flux, et de permettre la distanciation sociale propre à limiter la contagion.

Alternatiba Strasbourg, Alsace Nature, ASTUS, Le CADR67, le Collectif Réinventons l’avenue des Vosges, Greenpeace, groupe local de Strasbourg, Piétons67, Strasbourg Respire, Vélorution Strasbourg et les ateliers d’auto-réparation vélo A’Cro du Vélo , Bretz’selle , La Schilyclette, Le Stick, ont adressé ce jour à l’Eurométropole de Strasbourg une lettre ouverte détaillant des propositions concrètes d’aménagements cyclables temporaires sur l’agglomération.

Cette lettre ouverte vient compléter un appel du CADR dans le même sens, envoyé au Maire de Strasbourg, à l’EMS ainsi qu’aux candidat·e·s à la mairie de Strasbourg.

Détail de nos propositions pour le centre-ville :

Détail de nos propositions pour Cronenbourg et Koenigshoffen :


Détail de nos propositions pour Neudorf :

Ne soyons plus à la traîne ! Dans cette période charnière, il est temps pour Strasbourg de se montrer à la hauteur de son titre de Capitale du vélo !

Fermetures de pistes, verbalisation abusives de cyclistes, atermoiements du gouvernement sur le vélo en tant que moyen de transport. En ces temps de crise où l’urgence semble être à la surveillance et la sanction, les cyclistes constituent une cible de choix pour les autorités.

La FUB (Fédération des usagers de la bicyclette), par la voix de son président Olivier Schneider, annonce avoir déposé un référé-liberté au Conseil d’Etat afin de faire reconnaitre la possibilité d’utiliser son vélo pour les motifs légitimes prévus au décret.

L’unité nationale ne justifiera jamais de taper sur le vélo. Merci la FUB !

Suite à l’interpellation commune, le 14 avril, du collectif Vélorution Strasbourg, SticK Koenigshoffen, Bretz’selle et Schilyclette, le CD67 confirme la réouverture des pistes (Bruche, Sarre, Marne-au-Rhin, Rhône-au-Rhin) qui avaient été fermées, assortie cependant une interdiction des usages loisirs,  tout mode de déplacement confondus cette fois. Demi-victoire, donc.

En effet, après de longs débats sur la possibilité ou non de prendre son vélo pour s’aérer, le Conseil départemental porte à notre connaissance le nouvel arrêté préfectoral du 15 avril 2020, qui vient enfin détailler la liste limitative des voies sur lesquelles il est interdit de faire du vélo loisir :

Si vous avez besoin de vous aérer à vélo pour ne pas devenir gaga, veillez donc à éviter strictement, sous peine d’amende de 4e classe, de pédaler sur les voies suivantes :
-itinéraires cyclables,
– berges,
– sentiers touristiques,
– chemins de randonnée
– et voies vertes.

Pendant qu’à Strasbourg et Paris, certains s’échinent à taper sur le vélo, les gens qui s’y connaissent vraiment phosphorent dur pour l’élaboration des scénarios de sortie de crise !

A notre grande joie, le vélo serait appelé à y jouer un rôle prépondérant, notamment eu égard à la distanciation sociale qu’il permet, contrairement à la marche à pied ou aux transports en commun.

Ainsi, Pierre Serne, ancien vice-président (EELV) de la région chargé des transports, administrateur d’Ile-de-France Mobilités et président du Club des villes et territoires cyclables, vient de se voir confier par la Ministre de la Transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, la tâche d’imaginer des solutions de déplacement où le vélo, moyen de transport permettant facilement la distanciation sociale, jouerait un rôle central.
A retrouver dans cet article intéressant de France Inter et dans le podcast associé, d’une durée de 8 minutes et paru le 15 avril 2020 :

Le Cerema, ensuite, ce dangereux repaire d’activistes du vélo, vient de rendre public le 14 avril 2020 une étude passionnante intitulée « Aménagements cyclables temporaires et confinement: quelles opportunités ? », qui fait le point sur les nombreuses initiatives de villes, de par le monde, qui ont profité de l’effondrement du trafic motorisé (-60 à -90%), pour redonner au vélo la place qui lui revient.
Après avoir rappelé le cadre juridique favorable à ce type d’aménagements, le Cerema propose entre autres la réduction des voies motorisées, l’élargissement des voies cyclables, la modification des plans de circulation et l’utilisation, simple et rapide de matériel de chantier pour le balisage.

Un urbanisme « tactique » entrepris dès le mois de mars, de Berlin à Bogota en passant par New York, et qui a rapidement inspiré Montpellier, ville qui, il y a quelques mois encore, était montrée du doigt pour son retard en la matière. C’est vrai que Montpellier, comme l’a rappelé son Maire, ne comptait, à l’époque, que 2 cyclistes seulement. Bref, une remontada inattendue à prévoir dans le prochain baromètre de la FUB.

Paris et Grenoble ont très vite imité le militantisme héraultais la semaine dernière et nul doute que les cyclistes strasbourgeois·es attendaient des initiatives similaires. Les ami·e·s du CADR67 et du Collectif Réinventons l’avenue des Vosges, ont justement émis des propositions en ce sens, le dernier incluant opportunément les cheminements piétons dans sa réflexion. L’occasion rêvée pour la municipalité en place de redorer son bilan vélo ? On dit : chiche ! ☺

On pourra également lire cette interview, dans le Parisien du 14 avril 2020, de Mathieu Chassignet, ingénieur spécialiste en mobilité durable et l’animateur du blog « Pour une mobilité durable et solidaire », qui nous explique qu’on a le choix entre concentrer les usages (ben oui ! la voiture a déjà tout pris) et contraindre les déplacements, ou alors admettre que la population a des besoins et, dans ce cas, élargir les espaces pour permettre la distanciation sociale.
Il rappelle également la supériorité du vélo sur tous les autres moyens de transport, aux points de vue santé, pollution et économie. Depuis le temps qu’on vous le dit ! 🙂

 

Vous avez surement, comme nous, été interpellé·e par la fermeture de pistes cyclables gérées par le département notamment la piste du Canal de la Bruche, sur toute sa longueur, et le canal de la Marne au Rhin, depuis Souffelweyersheim.

Ces fermetures, qui sont injustifiables d’un point de vue sanitaire, constituent une énième attaque en règle contre les déplacement à vélo depuis le début du confinement.

Après l’exégèse du décret, par des conseillers qui ont estimé qu’il était pertinent d’interdire de s’aérer la tête à vélo, voilà que le département, pourtant revendiqué territoire cyclable, coupe des pistes desservant la capitale autoproclamée du biclou.

C’est la double peine pour les personnels, en ces temps difficiles, font l’effort, citoyen et responsable, de se rendre à leur travail à vélo.

C’est dans les crises que les fonds se révèlent. Alors que partout ailleurs, le déplacement à vélo est vu comme une solution simple et efficace à la propagation du virus, en France, et dans le Bas-Rhin en particulier, l’urgence, chez nous, semble être à la stigmatisation et la contrainte des cyclistes.

C’est pour toutes ces raisons que le collectif Vélorution, à l’appel duquel ont répondu les ateliers vélos Bretz’selle, Schilyclette et SticK, a fait parvenir l’interpellation suivante à Monsieur BIERRY, Président du CD67 :

La France est à l’arrêt, le pays est confiné pour soulager des hôpitaux et des personnels de santé déjà bien mal en point…

Bref. Dans ce bazar mondialisé, deux choses nous font réagir, en rapport direct avec notre vélo chéri :

La première concerne les atermoiements persistants du gouvernement au regard du vélo : vélo autorisé, interdit… Finalement, on peut faire du vélo transport, mais pas de vélo loisir, ou alors, seulement « pour aérer les enfants », suivis par un adulte à pied. Le vélo est confiné, donc, à son statut de jouet. Pour tous les autres sports individuels, pas de soucis, ils restent, eux autorisés. Allez comprendre… Bref, des consignes « question-réponses » très parisiennes, et encore ! on avait pu espérer que depuis les grèves de décembre, le regard de nos gouvernants sur le biclou avait évolué. On s’est trompé·e·s.

Heureusement, Weelz est là pour nous rappeler que, dans le décret, seule base légale de verbalisation, ce tri entre loisirs autorisés et proscrits est inexistant.

Mais bon, ça vient de la « France de l’intérieur », ils n’ont pas la culture vélo, on passe l’éponge.

piste cyclable fermée par le département du Bas-RhinCe qui nous atterre vraiment, par contre, c’est que même dans notre beau département cyclable du Bas-Rhin, on aime taper sur la tête de celles et ceux qui se déplacent quotidiennement à vélo pour aller travailler.

Il en va ainsi de la fermeture de la piste cyclable le long de la piste cyclable de la Bruche gérée par le département, mais également le canal de la Marne au Rhin à partir de Vendenheim, le canal du Rhône au Rhin à partir de Plobsheim.

Fermée à titre préventif par un Conseil départemental qui se revendique « membre fondateur de l’association Vélo & Territoires », la piste du canal de la Bruche est pourtant un axe majeur d’accès à Strasbourg pour les travailleurs et travailleuses à vélo de l’ouest de l’agglomération. Au delà de cette pénalisation injustifiée – l’article des DNA rappelle que, loin de l’image du cycliste indiscipliné, la fréquentation y est actuellement modérée le conseil départemental envoie un signal clair : le vélo n’est pas vu comme un moyen de déplacement efficace, mais uniquement comme un loisir du dimanche ou un passe-temps pour touristes.

Une belle déclinaison locale des inepties décidées au niveau national, complètement à rebours de ce qui se passent dans de nombreuses grandes villes, ou la désertion des voitures a permis l’ouverture de pistes cyclables provisoires : Bogota, New-York, Mexico, Berlin, Calgary… Le but n’est pas d’inciter les gens à sortir de chez eux, mais à donner aux déplacements de première nécessité effectués à vélo, la sécurité légitime qui leur revient.

On a envie de dire : bon courage ! et de faire un gros câlin aux personnes faisant l’effort d’aller travailler à vélo dans cette période difficile, et à qui le département impose désormais, en plus, un détour au milieu des voitures ou la promiscuité des transports en commun, avec les risques que cela comporte dans les deux cas.