Quatrième étape : vers l’écriture – lire

En parallèle du travail de terrain à la maison Mimir et au préalable de l’analyse et de l’écriture, il m’a fallu lire un certain nombre d’ouvrages et d’articles liés aux divers questionnements sur la manière de fonctionner des milieux alternatifs autogérés.

Ainsi, j’ai choisi une sélection de quelques livres qui m’ont accompagnée dans l’écriture des différents chapitres relatifs à mon analyse de cette tribu strasbourgeoise, urbaine et contemporaine. Il me fallait notamment en comprendre les histoires ancienne et récente de cette association, rattacher son fonctionnement aux politiques qui lui semblaient liées et aux concepts ethnologiques amenés par les auteurs, sans oublier son imaginaire particulier.

Cet article offre ici pêle-mêle quelques-uns des ouvrages que j’ai sélectionnés.

Cécile Péchu, Le monde des squats, 2010

Cécile Péchu, Le monde des squats, 2010

Les mondes du squat est un ouvrage écrit en 2010 par Cécile Péchu. Elle y présente l’histoire du squat ainsi que les typologies de différents squats existants. Je me suis donc servie de ces typologies pour en extraire ce qui me semblait correspondre au squat Mimir des premiers temps (pour rappel : la maison a été squattée en 2010, puis légalisée en 2013). Toutefois, les typologies ont cette fâcheuse tendance d’être réductrices et elles ne permettent pas d’entrevoir la complexité des différents squats existants. Ainsi, la particularité de la maison Mimir n’a pas permis de l’intégrer dans un type bien défini de squat car elle pioche autant dans le type dit « classiste » de lutte pour le droit au logement que dans celui « contre-culturel » d’une autre approche de vivre en société.

Jean Baudrillard, La société de consommation, 1996

Jean Baudrillard, La société de consommation, 1996

Cet ouvrage a été écrit en 1996 par le sociologue et philosophe Jean Baudrillard. Il y présente la consommation comme étant devenue « la morale de notre monde ».

Quatrième de couverture :
[La consommation] est en train de détruire les bases de l’être humain, c’est-à-dire l’équilibre que la pensée européenne, depuis les Grecs, a maintenu entre les racines mythologiques et le monde du logos. L’auteur précise : « Comme la société du Moyen Âge s’équilibre sur la consommation et sur le diable, ainsi la nôtre s’équilibre sur la consommation et sur sa dénonciation. »

Baudrillard emploie le terme de « civilisation de la liberté » pour exprimer l’idéologie d’un système libéral. Toutefois la liberté est aussi un phare pour les groupes anarchistes, aussi appelés « libertaires ». L’association Mimir serait donc davantage dans une dénonciation de cette société de consommation outrancière tout en y étant inexorablement liée. Par l’alternative qu’elle propose, elle tente de faire un pas de côté.

Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social,1762

Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social,1762

Cette ouvrage philosophique a permis de réfléchir au contrat, formel ou tacite, qui lie les mimiriens depuis les premiers jours. Ce contrat s’est ensuite formalisé dans une charte et des statuts et il se transmet de génération en génération.

Quatrième de couverture :
Constitués de principes évidents, ce traité politique prend le peuple non comme objet, mais comme sujet de son discours et invente ainsi l’idée de la démocratie absolue. Les gouvernés sont concernés autant que les gouvernants, les princes ou les conseils. L’humanité citoyenne est théorisée. L’homme n’obéit qu’à lui-même et aux lois qu’il se prescrit.

François Laplantine, Les trois voix de l’imaginaire, 1974

François Laplantine, Les trois voix de l’imaginaire, 1974

Au hasard d’une promenade dans les rues de Millau, je suis tombée nez à nez avec ce livre d’occasion, épuisé.

À ce moment, je ne savais pas encore que ce livre participerait à l’élaboration du dernier chapitre de mon écrit, celui qui explique pourquoi l’imaginaire est essentiel dans un lieu collectif tel que la maison Mimir, pour construire autre chose, en microsociété.

Quatrième de couverture :
Le messianisme, la possession et l’utopie sont les trois expressions de la révolte qui jaillissent chaque fois que les sociétés vivent des heures difficiles dans le fracas de leurs valeurs brisées, d’un monde qui perd son sens et d’un avenir auquel on ne croit plus. Dans ces moments d’effervescence sociale, l’imagination collective dilate à l’infini et fait appel à ce qu’il faut bien appeler le sacré. Ce livre analyse les liens de parenté, les antagonismes et les amalgames possibles de ces trois types de refus dont les thèmes ne font que se défaire, se recomposer pour s’enchevêtrer à nouveau, puis dégage une matrice fondamentale – celle de l’imagination sociale – dans laquelle le futur est en train d’émerger.

Pierre-Joseph Proudhon, Qu’est-ce que la propriété ? 1840

Pierre-Joseph Proudhon, Qu’est-ce que la propriété ? 1840

Pour comprendre l’évolution de la pensée anarchiste, je ne pouvais pas omettre l’un de ses premiers théoriciens, Pierre-Joseph Proudhon et son thème de lutte privilégié, la propriété.

Quatrième de couverture :
Ce texte, publié en 1840, rendit célèbre Pierre-Joseph Proudhon grâce à une impérissable formule : « La propriété, c’est le vol. » Pour Proudhon, le capitalisme est l’apothéose d’une extorsion invisible. Le rassemblement productif des travailleurs dégage une force collective supérieure à la somme des forces de ces travailleurs pris isolément. Or la propriété privée des moyens de production autorise le capitaliste à rémunérer le travailleur sur la seule base individuelle de ce qu’il aurait produit s’il avait été placé hors de la force collective de production. Le propriétaire du capital empoche la différence ; ce surplus est le profit capitaliste, que Proudhon appelle l’aubaine. Toute la question économique de la justice est de répartir cette plus-value sans accaparement ni spoliation. En notre temps de crise du capitalisme, est-il question plus urgente ? La lecture du texte provocateur de Proudhon nous en prouve l’actualité. Saurons-nous y répondre mieux que lui ?

Marcel Mauss, Essai sur le don, 1925

Marcel Mauss, Essai sur le don, 1925

Essai sur le don est un écrit majeur de l’anthropologie. Il a été publié pour la première fois en 1925 par l’un des fondateurs de l’anthropologie sociale, Marcel Mauss.

Il y théorise la notion de « phénomène social total ». D’après cette théorie, un phénomène précis d’une société est révélateur de tout son fonctionnement.

À la maison Mimir, j‘ai choisi d’étudier trois jours de fabrication de meubles en bois de palette pour la bagagerie de l’association. Durant ces trois jours de chantier participatif, des éléments fonctionnels globaux ont été révélés : le Do it yourself (ou Fais-le toi-même), l’importance du bénévolat et du lien social, l’horizontalité des prises de décision et la récup’ de matériel sont autant d’éléments qui ont servi à entrevoir les choix politiques inhérents à l’association comme aux mouvements autogestionnaires de manière générale.

Culture et société n°23, « Face à la normalisation, l’utopie », coordonné par Renaud Tschudy, 2012

Culture et société n°23, « Face à la normalisation, l’utopie », coordonné par Renaud Tschudy, 2012

Ce dossier d’une quarantaine de pages présente les écrits d’auteurs mimiriens et sympathisants anonymes qui, en 2012, ont souhaité partager leurs questionnements sur le monde contemporain. Ces questionnements sont encore d’actualité à la maison aujourd’hui :

– La maison Mimir comme « passage, diversité, collectif » par Thierry Goguel d’Allondans
– « corde raide », un article sur la culture et le spectacle par Frac-Ah !
– « Aux auges les gorets ! », une réflexion sur nos manières de nous alimenter par Consomm’actrice Boulimique et XXY
– « Circuit court pour une indépendance culturelle », rédigé par Karl Ferdinand
– « Le logiciel libre, une utopie? », par Bété
– « Pour un monde sans domination linguistique ni culturelle » par Kverko
– « Une des visions possibles du voyage », par Sylvestre Ganter
– Et les « Dés-ouverture(s) » et « Ré-ouvertures » qui introduisent et concluent ce dossier par Signé X;) Abusé Z;)´

Ces écrits de mimiriens m’ont permis d’envisager les origines et la naissance de l’association Mimir, de lire une première analyse anthropologique de la « tribu » Mimir et d’apercevoir les manières d’envisager les notions de consommation, de voyage et de culture (au sens événementiel, linguistique, informatique et ethnologique), ainsi que la liberté qui traverse tous ces aspects.
Ils m’ont aussi permis d’élaborer autour des grandes valeurs présentent dès le lancement de l’association comme une ligne d’horizon vers laquelle Mimir tente d’avancer.

Marie Depussé et Jean Oury, À quelle heure passe le train… 2003

Marie Depussé et Jean Oury, À quelle heure passe le train… 2003

Avec cet ouvrage psychiatrique et psychanalytique, il semblerait que l’on s’éloigne du sujet Mimir. Pourtant, ce n’est pas le cas.

En 1953, dans un château non loin de Blois, le psychiatre Jean Oury a fondé la clinique psychiatrique de La Borde. Cette clinique est réputée pour son approche singulière de la folie et sa mise en pratique de la psychothérapie institutionnelle, un héritage du psychiatre et psychanalyste catalan, François Tosquelles :

Et si le fou n’était pas que fou ?
Et s’il pouvait avoir son mot à dire ?…
Et si la société arrêtait de stigmatiser la folie ?

Aussi, un soin particulier à l’accueil et à une forme de réflexivité sur son propre milieu est, pour la psychothérapie institutionnelle, déjà thérapeutique. Il s’agit de prendre soin du lieu pour prendre soin de l’autre. Non étiqueté, le fou peut alors se confondre avec ceux qui ne le sont officiellement pas.

En 1996, Nicolas Philibert a tourné « La moindre des choses » un film qui présente le travail de la clinique de La Borde.
Au hasard de mes recherches de textes sur la maison Mimir, j’ai trouvé un écrit qui s’appelait : « Mimir, c’est la moindre des choses ».

Outre cette drôle de coïncidence, de nombreuses similitudes ont pu être perçues entre Laborde et Mimir. Au gré de mes rencontres et de mes recherches, je n’ai cessé d’observer des parallèles entre les deux.
Car, sans le savoir, la naïve Mimir emploie dans sa pratique comme dans sa pensée et ses valeurs, un axiome typique de la psychothérapie institutionnelle : elle accueille et fait avec chacun ; elle décloisonne les pratiques ; elle ne stigmatise pas.

Henri Bersgson, Le rire, 1900

Henri Bersgson, Le rire, 1900

Henri Bergson est philosophe et auteur de l’ouvrage Le rire, en 1900.

Quatrième de couverture :
Pourquoi rions-nous de voir quelqu’un trébucher ? Pour quelles raisons Molière continue-t-il de nous amuser ? Comment expliquer qu’un jeu de mots ou un trait d’esprit prêtent à sourire ? Dans Le Rire, qu’il publie en 1900, Bergson apporte à ces questions des réponses décisives. S’appuyant sur des exemples quotidiens et de nombreuses références littéraires, il décrypte les formes du comique pour y déceler un ressort commun : l’«interférence de deux séries», c’est-à-dire la présence simultanée de deux éléments distincts ou incompatibles. Au passage, il ne manque pas d’analyser le rôle social ambivalent d’un réflexe qui tout à la fois manifeste l’élan vital et brime les comportements hors normes. Si cette œuvre, qui doit beaucoup à une tradition classique, méconnaît les manifestations transgressives, sombres, ludiques ou absurdes, du rire, elle n’en demeure pas moins capitale pour qui veut comprendre le «propre de l’homme».

Le rire semble donc fondamental, d’autant plus à la maison Mimir. Il est nécessaire pour marquer du relatif, pour permettre une distanciation, pour créer du lien, pour relativiser les contraintes… Bref, pour adoucir et envisager, voire supporter, le vivre ensemble. Il accompagne tout un imaginaire collectif et le désir d’enfant de jouer à construire cette grande cabane.

Les cahiers du Pavé n°2, La participation

Les cahiers du Pavé n°2, La participation

Cet ouvrage m’a été conseillé par la Coopérative La braise, une coopérative militante strasbourgeoise d’éducation populaire, de formation et de (dé)formation.

Ce cahier numéro 2 reprend un tableau que j’ai pu retrouver dans d’autres fanzines et revues anarchistes. Son titre :
« LES CHEF-FE-S, COMMENT S’EN DÉBARRASSER ? »

Le pouvoir se retrouve partout, parfois insidieusement, parfois même d’autant plus lorsqu’on essaye de tendre vers une horizontalité dans les prises de décisions.

Ainsi, plusieurs formes de prises de pouvoir peuvent être observées au sein de groupes autogestionnaires : la prise d’initiatives, la rétention d’informations, les compétences, la parole, la coordination.

Ce à quoi on peut en ajouter d’autres, tels que l’ancienneté par exemple.

Au sein d’un groupe, chacun est susceptible de prendre l’un de ces pouvoirs. La maison Mimir n’est pas exemptée de ce genre de tentative, que cela soit conscient ou non.

 

 

Pour télécharger le cahier du pavé rendez-vous ici : Les cahiers du Pavé n°2, La participation

Michel Foucault, Les corps utopiques, les hétérotopies, 2009

Michel Foucault, Les corps utopiques, les hétérotopies, 2009

Les personnages que l’ont rencontre dans les lieux alternatifs, autogérés ou anarchistes, sont souvent considérés comme des utopistes. À la convergence de deux lectures, celle de François Laplantine qui lie davantage l’utopie au totalitarisme et celle de Michel Foucault qui propose le terme d’hétérotopie en tant que topos avéré, j’opte moi aussi pour abandonner le concept d’utopie, quand je parle de la maison Mimir, au profit d’une hétérotopie foucaldienne.

Quatrième de couverture :
Dans le premier des deux textes réunis dans ce court volume, « Les Hétérotopies », Michel Foucault se fait l’initiateur, et peut-être le praticien d’une science nouvelle et, par définition, improbable : la science des espaces utopiques, ou, plus précisément (précision paradoxale ou aporétique), comme il le nomme lui-même, des espaces hétérotopiques (il les appelle aussi des « contre-espaces »). Cette science, il la baptise du nom en effet scientifique d’hétérotopologie. La vérité oblige cependant à préciser qu’il entend par là moins une science savante qu’une science rêveuse, moins une hétérotopie savante qu’une hétérotopie rêveuse, comme son sujet y invite en effet. S’il s’agit d’« ailleurs », d’« ailleurs »-sans lieu, comment les connaître et les enseigner sinon sur le mode du désir, de l’unique et impérieux désir d’y fuir, d’y échapper aux « ici » – aux topoï –, rudes, massifs, oppressifs. Faute d’aller jusqu’à tenter d’engager un inventaire impossiblement rigoureux de ces ailleurs sans lieu (ce serait les rabattre sur tous ceux qui n’ont que trop lieu et trop de lieux), Foucault en énumère un certain nombre. Étrange liste où l’on sent un attrait, une connivence, une convoitise, même quand certains de ceux-ci sont sombres ou mortifères : les jardins, les cimetières, les asiles, les maisons closes, les prisons, les maisons de retraite, les musées, les bibliothèques, etc. Les bateaux, enfin et peut-être surtout. Il entre un étrange enchantement dans cette énumération qui s’inspire secrètement de l’enfance : « Les civilisations sans bateaux sont comme les enfants dont les parents n’auraient pas un grand lit sur lequel on puisse jouer ; leurs rêves alors se tarissent, l’espionnage alors y remplace l’aventure, et la hideur des polices la beauté ensoleillée des corsaires ». Où la science annoncée fait un pas de côté pour aller à la rencontre de la littérature d’un Roussel ou d’un Leiris. La seconde de ces deux conférences – « Le corps utopique » – est plus surprenante encore, et pour le coup, presque intime. Qu’y a-t-il de moins utopique, demande Foucault, que le corps, que le corps qu’on a – lourd, laid, captif. Rien n’est en effet moins utopique que le corps, lieu duquel il ne nous est jamais donné de sortir, auquel l’intégralité de l’existence nous condamne. Semble-t-il. Car cette affirmation suscite son objection, que Foucault formule aussitôt : rien n’est certes moins utopique que le corps lui-même, à ceci près que nul ne l’est plus que lui aussi, que c’est de lui que sont nées et nous sont venues toutes les utopies – le corps est lui-même une autotopie en quelque sorte, par opposition aux « hétérotopies » qu’imaginait la première conférence. Le corps grandi, tatoué, maquillé, masqué forme autant de figures possibles de cette utopie inattendue et paradoxale du corps. La parure, les uniformes en sont aussi de possibles. Comme la danse (« corps dilaté selon tout un espace qui lui est intérieur et extérieur à la fois »), ou encore la possession… Mais, c’est l’érotisme, à la fin – Michel Foucault dit même « faire l’amour » – qui est le plus susceptible d’apaiser l’inapaisable désir du corps de sortir des limites qui sont les siennes. Ou des caresses comme moyen d’« utopiser » le corps. Dans sa présentation, qui vient clore ce recueil, Daniel Defert retrace l’improbable destin du concept d’ »hétérotopie », entre Venise, Berlin (surtout) et Los Angeles.

 

 

Cédric Biagini et Pierre Thiesset, Vivre la simplicité volontaire, 2014

Vivre la simplicité volontaire, Coordonné par Cédric Biagini et Pierre Thiesset, 2014

Vivre la simplicité volontaire (2014) est un recueil de témoignages d’individus ayant fait le choix de vivre autrement, sans superflu, dans une forme d’économie et de politique dite « décroissante ».

Par certains des principes mis en pratique en son sein (la récup’, le fais-le toi-même DIY, l’économie du prix libre et conscient…) et les grandes valeurs vers lesquelles elle tend, la maison Mimir se rapproche d’une simplicité volontaire collective de consommer.

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