Jour 20 – 05/04/2020 – Défi : sortir du confinement sans divorce ni grossesse

Il n’y a pas mille manières de se confiner…

Pardon, je reformule :
Je n’ai pas trouvé mille manières de me confiner.

Les journées se tirent en longueur.
C’est même pire.
Elles se rallongent vers l’équinoxe.

Les vidéos deviennent ennuyeuses
Les bonnes blagues se font languides.
Les questions existentielles ne volent pas plus haut qu’un :
« Quel peut bien être le nom de famille de Lucky Luke ?
Est-ce Luke ?
Ou bien est-ce Lucky ? »
Des questions qui peuvent ouvrir à un panel d’autres questions d’une profonde inutilité :
« Et donc Tin-tin, quel est son nom de famille ? »

Aussi, je me bats contre les abîmes de mon âme de plus en plus influencée par, ce qu’on appelle trivialement, les « putaclics ».

Pour pallier l’empâtement, je tente encore des recettes bizarres comme les lasagnes au tofu de l’autre fois et celle de la raclette dauphinoise d’aujourd’hui. Et je m’empâte d’autant plus en les mangeant.

À la vue de cette houleuse conjecture, de quoi d’autre pourrais-je parler si ce n’est du temps :
Aujourd’hui, il fait beau….

… Voilà.


Ah !
Il fait aussi chaud.

… Voilà.

C’est vrai, je pourrais évoquer le sublime de ces rayons d’un soleil levant qui s’extirpent des montagnes et qui réchauffent la rosée déposée délicatement sur nos herbes que nous n’avons jamais autant eu le temps de regarder pousser.
Mais j’ai déjà décrit le soleil.
Et j’ai déjà décrit la pluie.

Alors, très honnêtement, je me contenterai de l’approche monotone d’un :
« Aujourd’hui, il fait beau et chaud. »

Si je me concentre bien, je peux envisager deux ou trois sujets méritant qu’on s’y arrête.

Par exemple, celui du couple et de la libido.
Une question taraude peut-être quelques-uns :
La libido augmenterait-elle avec le confinement ?
Ou bien ne diminuerait-elle pas ?

D’après les dires d’une amie qui observe avec attention le déconfinement chinois, notre sortie du phénomène Covid amènera les couples face à deux catastrophes : soit celle d’une rupture, soit celle d’une grossesse.

Pour sûre, la Chine voit une recrudescence dans ses divorces.
En déconfiture les couples déconfinés !

C’est vrai, c’est intenable d’être en couple à cette période du millénaire.

C’est vrai, c’est insupportable qu’il ou elle se lève à pas d’heure en ayant dit auparavant : « Mais laisse, je vais la faire la vaisselle. »
Et que toi, depuis 10h du matin (c’est le plus longtemps que tu as pu pousser la grasse mat’), tu tournes en rond dans ta cuisine jonchée de vaisselle, sans savoir sur quel coin de table tu peux poser ta tasse de café…
Et que ça dure depuis trois jours.

C’est vrai, c’est malheureux qu’il ou elle te dise encore : « Je finis juste ça. »
(peu importe ce qu’il y a à finir : une partie de jeu vidéo sans fin, un Nme exercice pour ses élèves qui, de toute façon, ne feront pas l’exercice ou un autre sempiternel article de confinement qui emmerde le monde de ses états d’âme…)
Et toi, pendant ce temps, tu attends.
Tu attends avec cette patience incroyable qui est la tienne, qui te rend formidable et que l’autre ne voit pas.
Une patience qui, la première semaine, a été de toute gaieté ;
qui, durant la deuxième semaine, a réussi à rester relativement joviale ;
mais qui, au terme de la troisième semaine, commence à s’étioler ;
et que tu redoutes de plus en plus désormais, car les quatrième, cinquième, sixième, septième, huitième (combien y en aura-t-il encore ? Mazette !) semaines arrivent à grands pas.

Dans ces conditions, peu sont ceux dont la libido fonctionnerait avec entrain quand la tendre moitié ne fait plus l’effort de se laver et dont le seul vêtement est un pyjama qu’elle change une fois par semaine, qu’elle a des chips coincées dans les cheveux parce qu’elle s’est endormie dans la nourriture qu’elle a laissée sur le canapé en regardant sa cinquième série préférée depuis le début du confinement et que l’activité la plus sexy de l’appartement est réduite à faire le ménage.

L’art de se courtiser prend un sacré coup et nos intimités sont mises à rude épreuve.

Et je pense que si je demandais que chacun raconte une situation qui jongle entre le cocasse et l’indignation, les commentaire pleuvraient.
Que celui-là n’hésite surtout pas.

Alors oui, il semble qu’il n’y ait que deux choix :
soit on baisse les bras et on intente une action en divorce,
soit on baise au risque de faire un gosse.

Toutefois, nous pouvons voir cette sombre épreuve comme un tendre défi qu’il nous faut prendre avec tout l’humour qui nous reste en réserve.

Pour ma part, je pense qu’en remettant les choses dans leur contexte et en envisageant de prendre un certain recul (recul qui certes nous manque dans nos petites chaumières), on pourrait éviter l’explosion de rage quand, pour la huitième fois de la journée, on range les affaires de notre douce moitié.

Ainsi, je pense que le couple pourra faire face à cette dure réalité du quotidien désenchanté qui se matérialise en une simple question devenue un drame : quel film allons-nous choisir ?
Car à tout moment, une hécatombe pourrait s’écrouler sur le binôme dont tous les problèmes sont cristallisés dans cette toute petite phrase devenue dévastatrice :
« On reste chez nous. »

En effet, plus aucune autre relation sociale n’existe autour du couple, cette entité naguère intouchable qui se disloque peu à peu dans l’entre-soi.

Finalement, quand on y pense, même si il ou elle fabrique des corridors en déplaçant les meubles à son gré, t’obligeant à slalomer pour accéder à ta salle de bain, en restant accroché ci ou là et en manquant de faire tomber la moitié des livres qui traînent à chacun de tes passages (des livres que tu a ramassés déjà 498 fois), ce n’est pas si grave.

Si nous mettons en perspective ces petits, devenus énormes, détails de nos quotidiens foireux en binômes, avec l’histoire incroyable et unique que nous vivons tous, ce n’est pas si grave.

Alors bienheureux ceux qui vaincront !
Car rien de tout ça n’aura remis en question les fondements des valeurs communes qui ont rassemblé ces êtres…

Pour cela, sachons garder le mystère de nos jardins secrets, même s’ils sont réduits à une seule pièce, à 30 mètres carrés sans jardin ni balcon et à Paris.

« Comment faire ? », demanderont peut-être les plus incertains.
Je n’en ai pas la moindre idée.

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