Jour 2 – 18/03/2020 – S’en va t’en guerre

En ce deuxième jour de confinement, j’ai tranquillement continué le petit-déjeuner entamé hier. J’ai regardé mes courriels, les réseaux sociaux, l’actualité. J’ai confirmé l’annulation des diverses rencontres prévues et j’ai fait un peu de ménage. Des documentaires sur le coronavirus tournaient parfois en fond d’ambiance (c’est important l’ambiance !), parfois c’était la radio, parfois un film.
J’ai continué à penser la stratégie de communication autour du livre sur la maison Mimir que je vais publier. J’espère pouvoir faire un site internet très bientôt et publier des bouts de l’œuvre. J’ai pas mal de choses à partager : photos, témoignages, croquis et bande-dessinée.

En buvant mon interminable café, j’ai imaginé toutes ces personnes qui ne font rien… Je trouve ça exaltant ! Peut-être pour la première fois, ce n’est pas mal perçu de ne rien faire. Il n’y a aucune culpabilité à avoir, aucune honte ne nous envahit, aucun chômeur stigmatisé n’a besoin de baisser la tête devant un «actif». Car aujourd’hui, jour 2, nous sommes des milliers à avoir droit à la paresse. Nous pouvons assumer ensemble l’oisiveté.

Bon, et puis il y a les autres :
Mon cousin redoute d’être licencié parce qu’il est obligé de travailler. Il est éducateur technique dans un centre pour personnes handicapées qui ont toutes été renvoyées chez elle. La production industrielle doit pourtant continuer, me dit-il. Quelle aberration !
Évidemment, il n’est pas le seul. J’apprends aussi que des livreurs à vélo et en combi-couleur arpentent encore les rues de la déserte Strasbourg.
Et pour ceux qui télé-travaillent, je suis partie me renseigner. Un ami m’a dit qu’il lui faut travailler dans sa chambre. Il y est donc enfermé presque 24 heures par jour. Pour lui, ce n’est pas facile, d’autant plus qu’il m’avoue que « ça fait bizarre de se dire qu’on s’est masturbé sur son lieu de travail ».

Quant à moi, je me suis questionnée sur cette affirmation martelée par Monsieur le président et qui suscite quelques réactions : « Nous sommes en guerre ! »

Est-ce que nous sommes effectivement en guerre ?
En l’écoutant, les images d’une sombre époque sont remontées à ma pensée. Et comme je n’ai pas fait grand-chose de ma journée aujourd’hui, autant conter quelques bribes de mes propres souvenirs de guerre.

Il y a quelques années, je gardais une maison que des amis m’avais confiée. Tout allait bien. J’arrosais les plantes, je nourrissais le chat et gardais la maison en état. Lorsqu’une nuit, je fus réveillée par de terribles démangeaisons. Assez vite, je compris : j’étais devenue le garde-manger vivant d’un groupuscule de punaises de lit. À partir de ce jour et pendant un mois entier, je n’ai pensé qu’à ça : exterminer l’envahisseur. J’étais, moi aussi, partie en guerre. Chaque nuit, je me sentais envahie par cette colonie quasi-invisible. Chaque matin, je me levais affaiblie par tout le sang qu’elles m’avaient prélevé. « Impossible de s’en débarrasser seule », m’ont répété tous les exterminateurs que j’ai appelés. Pour en finir, il me faudrait une stratégie rigoureuse, sans quoi, elles proliféreraient à la vitesse d’un coronavirus. Oui j’étais partie en guerre. Je ne pensais qu’à ça. Je me réveillais en pensant aux punaises, je m’endormais en pensais aux punaises, je rêvais de punaises. Pas une seule vidéos, pas un article, pas un schéma ou tableau statistique concernant cette bestiole ne m’échappa. Puis je me mis en action : nettoyer, savonner, lessiver, mettre en congélateur, vaporiser à chaud… Puis re-nettoyer, re-lessiver, pause pour jouer au yams (mon seul loisir), saupoudrer de terre de diatomée, garder en tête qu’il ne faut surtout rien bouger sous peine de déplacer le problème, acheter une housse de matelas anti-punaises…
Un mois.
30 jours qui se sont inlassablement répétés et où mon esprit devait être totalement centré sur un seul et unique but : détruire l’ennemi.

Alors, quand le monsieur à la télé a dit : « Nous sommes en guerre ! », j’ai compris sa peine. Les militaires ne sont pas en guerre. Nous le sommes. Nous, en tant qu’individus, non en tant que citoyens, nous sommes en guerre. Peu importe l’uniforme, le costume trois pièces, la blouse blanche, bleue, verte, orange ou jaune, le haillon ou l’habit de luxe, nous avons tous un objectif commun : ne pas être contaminés ou en contaminer d’autres.

Ensuite, j’avais du temps, je me suis demandée : mais que signifie le mot «guerre» ?
Je suis allée chercher dans un livre d’étymologie. Ce mot est issu du francique werra, qui signifie « trouble et désordre… ». Je me suis dit que c’est étonnant de lire que l’histoire de ce mot est liée au désordre alors même que la guerre semble appeler à déployer tant de stratégies pour vaincre. Il y a aussi le latin bellum qui a notamment donné les termes « belliqueux » ou « belligérant » et qui a été remplacé ensuite par le francique. En grec, c’est polemos, d’où le dérivé français : « faire polémique ». Mais à partir du XIme siècle, le sens de guerre a été défini autrement : une « lutte armée entre groupes humains ou entre États » (dictionnaire étymologique de la langue française d’Alain Rey).

Une punaise de lit ou un virus n’étant pas humain ou étatique, le terme «guerre» ne correspond pas. Je me méfie donc bien de ce mot et de sa connotation car il dénote du risque de perdre en liberté. Si elle devait effectivement nous être enlevée, cela risquerait d’en fâcher plus d’un.
Aussi, feu papy Georges, ancien combattant, doit bien rire de notre manière d’envisager la guerre.
Mais admettons que le virus soit un petit bonhomme de « Il était une fois la vie » (« la vie, la vie, la vie, la vie, la vie, la vie, la vie. »).

Admettons.

En ce moment, il se regroupe, il bâtit une armée et il part à l’assaut de nos alvéoles pulmonaires. Alors il va bien falloir que l’on se défende et avec stratégie.

Enfin, ayant toujours le temps de penser, je me suis demandée comment pouvait bien s’organiser ces stratégies de guerre là-haut, au gouvernement, chez les grandes personnes :
Est-ce que le président s’installe autour d’une table de l’Élysée avec ses collègues et joue au jeu de société « Pandémie » pour trouver des solutions ? Est-ce qu’ils regardent les commentaires sur les réseaux sociaux pour trouver de bonnes idées ?…

… Et pendant ce temps là, à la ville comme à la campagne, on entend les oiseaux siffloter…

Ce contenu a été publié dans Confinement 2020. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Jour 2 – 18/03/2020 – S’en va t’en guerre

  1. Cha dit :

    https://twitter.com/chefabraa/status/1237463499015667712 Peut-être est-ce ainsi que Manu organise ses stratégies de guerre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *