Lives DNA : l’occasion d’un dernier point sur l’avenue des Vosges

Le journal régional DNA a organisé trois courtes interviews en direct avec les trois candidat·e·s en lice. Si les sujets en ont été nombreux, le média a eu la pertinence d’avoir relayé à chaque interview notre question relative à l’avenir de l’avenue des Vosges.

Cet axe structurant de la ville de Strasbourg, créé en 1881, dispose d’une grande largeur, conçue par les Allemands pour que 13 chevaux puissent y défiler de front. Aujourd’hui, ce sont plutôt les chevaux fiscaux qui l’ont envahie, jusqu’à une mobilisation citoyenne en 2018, expression d’un ras-le-bol d’usagers, de riverains et d’association – dont la vélorution. Après des années d’immobilisme, cette action a permis la réalisation de deux bandes cyclables. Ces voies ont été présentées comme transitoires, en attendant une réflexion plus approfondie sur l’intégration des modes doux – cyclistes mais aussi et surtout piétons ! – à cet axe.

La suppression de cet aménagement a été évoquée par les listes Fontanel et Trautmann, avec un flou savamment entretenu sur « l’après ». Une suppression sèche et le retour à une autoroute urbaine 2×2 voies est, elle, promue par M. Jean-Philippe Vetter, dans une vidéo mémorable. Si cette suppression est illégale au regard de l’article L.228-2 du Code de l’environnement, nous devons reconnaître à Monsieur Vetter, comparé à ces deux derniers candidat·e·s, le mérite de la clarté.

Les propositions relatives à cet aménagement nous semblent un révélateur extrêmement pertinent de l’attention réelle portée aux déplacements cyclables par chacune des trois listes.

Seule la liste de Madame Jeanne Barseghian s’est engagée fortement pour une amélioration. Les deux autres louvoient, tournent autour du pot pour évoquer une suppression sans oser la nommer clairement.

Nous vous proposons un verbatim de ces entretiens, axé sur la question et qui vous permettra de vous faire votre idée, ainsi que notre analyse.

Bonne lecture !

1 – Catherine Trautmann

« DNA – Le collectif Vélorution est revenu plusieurs fois à la charge en vous demandant : on ôte finalement l’aménagement l’avenue des Vosges ou il est maintenu pour les cyclistes en attendant le prochain aménagement ?

Catherine Trautmann – je n’ai pas l’intention de l’ôter en attendant le prochain aménagement parce que j’estime que cette dépense a été faite et qu’elle n’était pas justifiée parce qu’en réalité cet itinéraire n’est pas réellement utilisé. Par contre, je peux dire aussi que pour les riverains des rues adjacentes on a aujourd’hui une circulation, y compris à coté du Contades où les enfants sortent de ce parc et qui est une situation dangereuse et je regrette qu’on ait décidé cet aménagement sans voir quelles étaient les conséquences de circulation pour les habitants de ce quartier et donc moi ce que je préconise c’est chaque fois qu’on propose un aménagement nouveau, on analyse ces conséquences pour les riverains et pour les habitants.

DNA – mais pour l’instant ?

Catherine Trautmann  – Pour l’instant, on ne va pas y toucher mais on va travailler à un aménagement durable mais qui permettra aussi d’être programmé financièrement. »

Notre analyse : Madame Trautmann regrette un aménagement pourtant réclamé de longue date par les associations de riverains. Elle annonce un report des flux automobiles vers les rues adjacentes et, en même temps, regrette que l’absence de mesure de ces flux. Cherchez l’erreur ! Elle annonce enfin un réaménagement à terme, sans s’engager cependant clairement pour une amélioration du cheminement cycliste sur l’axe même. Son discours confirme également que, sur d’autres axes structurants et comme il nous a été indiqué lors de notre entretien de premier tour, les automobiles ne devraient pas être contraints sur les axes structurants. Entre les lignes nous comprenons : les cyclistes par contre, pas de soucis pour les envoyer pédaler ailleurs.
Nous n’oublions pas non plus qu’en n°2 de sa liste, Monsieur Serge Oehler s’est distingué par une diatribe violente et rétrograde contre cet équipement lors du conseil municipal du 16 décembre 2019.
Donc : une vision négative de cet aménagement, et beaucoup de flou pour l’avenir. On se souvient d’une Catherine Trautmann plus audacieuse sur la promotion des modes de déplacements doux. Dommage !

2 – Alain Fontanel

« DNA – On a Vélorution, qui est déjà intervenue hier dans nos débats sur la question de l’avenue des Vosges. Alors est-ce que équipement provisoire sera ôté ? Est-ce qu’on reviendra à une 2×2 voies tout de suite, comme le proposait Jean-Philippe Vetter dans son programme. Ou alors, on la laisse et on attend qu’un autre projet sorte ?

Alain Fontanel – on était deux à proposer ça au premier tour, puisque je proposais aussi de revenir sur l’aménagement. Vous savez, cet aménagement devait résoudre le problème de l’insécurité du piéton sur l’avenue des Vosges. Il marche sur le trottoir, où il était confronté à des cyclistes qui, eux mêmes, pour se protéger des voitures et de la circulation de l’avenue, roulaient sur le trottoir. On a fait cet aménagement qui est un entre-deux, puisqu’on n’a pas touché au stationnement. Et finalement, les cyclistes ne se sentent pas en sécurité sur l’avenue des Vosges et continuent à rouler sur les trottoirs. On n’a gagné, ni d’un côté, ni de l’autre et pourtant, en même temps, on a eu une recrudescence des embouteillages et de la pollution sur l’avenue. Il faut revenir sur cet aménagement. Il faut revenir au… pour défendre la cause du vélo. Moi je suis cycliste, je roule tout le temps à vélo et le vélo est d’ans l’ADN de la ville. Mais il faut que le comportement du cycliste et les aménagements vélo ne nuisent pas à la cause du vélo. Et aujourd’hui, il y a du frottement, des difficultés entre les cyclistes et les piétons. Moi, je suis pour qu’on continue les aménagements vélo, pour qu’on ait un investissement important sur des aménagements, mais des aménagements qui ne nuisent pas aux autres modes de transport et à la voiture et aussi pour qu’on fasse respecter le pied-à-terre en ville aujourd’hui par exemple rue des Grandes-Arcades ou Grand’rue le samedi. Les vélos ne peuvent pas rouler, en plus à grande vitesse quand il y a énormément de piétons. Mais à l’inverse, pour qu’on traverse plus facilement la Grande Île, je suis pour qu’on fasse une contournante le long des quais qui permette, par exemple, d’aller de la place des halles au Pont du Corbeau sans traverser le cœur de ville. C’est cet équilibre qu’il faut rechercher et l’avenue des Vosges c’est un déséquilibre [..] L’avenue des Vosges, l’équilibre on ne le trouve pas, c’est un déséquilibre où on n’a pas protégé le piéton, or le cycliste ne se sent pas en sécurité mais on a compliqué la vie de celui qui prend la voiture. Il faut respecter aussi les contraintes de ceux qui prennent la voiture et de pouvoir trouver des équilibres. L’avenue des Vosges reste un très grand axe. Tant qu’on n’aura pas réglé l’A35, tant qu’on n’aura pas réglé la Place de Haguenau, on a besoin de pouvoir circuler sur l’avenue des Vosges. Et cela doit se faire tout en développant le vélo.

DNA – Quand vous dites une ceinture autour de la Grande Île, là du coup pour les voitures, il faudra réserver quoi ?

Alain Fontanel – Vous savez que le problème sur l’avenue des Vosges, c’était la largeur et la place du stationnement en épi sur les trottoirs. les quais, aujourd’hui, de la Grande Île, ont déjà très peu de circulation et donc on peut y réserver une voie vélo dans un sens, ce qui permettra de faire ce contournement rapide, c’est ce qu’on proposait au premier tour.

DNA – Et du coup, avenue des Vosges, il y aura un projet pour les cyclistes ?

Alain Fontanel – Il faut apaiser la circulation, reprendre le temps de la concertation. Jean-Philippe Vetter proposait d’utiliser les rues adjacentes. Il faut trouver une solution mais dans l’apaisement et dans le respect de la circulation et de la fluidité à Strasbourg. »

L’analyse de la Vélorution : nous ne nous reconnaissons pas dans la caricature de cycliste agitée par Monsieur Fontanel, roulant sur les trottoirs ou fonçant à toute berzingue Grand’rue le samedi après-midi. Monsieur Fontanel se range au projet de Monsieur Vetter d’une suppression sèche – illégale on le rappelle – de l’aménagement, pour rejeter les cyclistes sur des itinéraires bis moins directs et où ils pourront à loisir se perdre. Voilà qui dévoile enfin ses intentions réelle puisqu’au premier tour, il se prononçait pour un retour à l’état antérieur, puis une réflexion sur un réaménagement.
Mais tout ça, bien évidemment, c’est pour « apaiser », « retrouver un équilibre » et « réduire la pollution ». Dans ses discours, il pointe systématiquement du doigt une friction entre piétons et cyclistes, souvent dues aux manques d’aménagements, sans évoquer une seule seconde les incivilités et les dangers inhérents au trafic motorisé.
« L’équilibre», pour le moment, penche complètement du côté de la voiture. L’équilibre réel, les cyclistes l’attendent.

3 – Jeanne Barseghian

« DNA – Vous avez un exemple, un axe important, où il y a des voitures que vous aimeriez voir déplacées ? Des voitures en stationnement en voirie ?

Jeanne Barseghian – Il y a pas mal de débats sur la question de l’avenue des Vosges. Je pense qu’il faut aller plus loin encore que ce qui a pu être fait aujourd’hui.

DNA – L’avenue des Vosges qui a eu un aménagement temporaire, qui fait polémique. Qu’est-ce que vous en faites de l’avenue des Vosges ?

Jeanne Barseghian – On transforme l’essai avec l’ensemble des riverains et des commerçants. On voit bien qu’il y a un problème de partage de l’espace public et ce qui a été fait, c’est un pas, c’est un jalon mais qui demande encore à être amélioré notamment du point de vue de la sécurité. Sécurité des cyclistes, sécurité des piétons. Donc ça ce sera un débat à avoir. Mais des grands axes sur lesquels on peut retravailler le partage de l’espace public entre les différents usages, je dirais que tous les grands boulevards, les quais, la route du Rhin, on doit pouvoir travailler sur l’ensemble de ces grands axes. mais ça, on y arrivera encore une fois que si, en parallèle, on investit massivement sur les alternatives à la voiture. Il ne s’agit pas que les gens se retrouvent bloqués. Il s’agit de leur proposer des choses qui leur permettent de se déplacer efficacement. »

Notre analyse : une proposition claire d’aller plus loin dans le rééquilibrage du partage de l’espace public. Sur l’avenue des Vosges, comme cela avait été prévu dès le stade de l’aménagement transitoire, mais également sur l’ensemble des grands axes.
Nous n’avons rien à rajouter. Cette liste nous parait à la fois plus claire et la mieux-disante sur cet aménagement.