L’avenue des Vosges
On en a déjà parlé ici, dans une vidéo aux airs de querelle entre les anciens et les modernes.
L’avenue des Vosges est l’un des axes majeurs de Strasbourg et jusqu’en 2019, sur ses 30 mètres de large, 25 étaient phagocytés par les seules automobiles, en circulation ou à l’arrêt. Il fallait avoir le cœur et les poumons bien accrochés pour y rouler à vélo, ou alors avoir un GPS entre les oreilles pour connaître les itinéraires parallèles permettant d’éviter le flot de voitures !
Un tiers des cyclistes strasbourgeois·e·s avait alors identifié cet axe comme problématique. C’est peu de dire qu’un aménagement était attendu.
Une action continue du collectif Vélorution au cours de l’année 2019 avait permis d’aboutir à un compromis provisoire et économique en attendant une réflexion plus globale sur le réaménagement de l’avenue, sous la forme de deux bandes cyclables.
Ouf ! Les cyclistes peuvent donc enfin bénéficier d’espaces de circulation matérialisés au sol – en attendant mieux – pour aller rapidement de l’Université à la Place de Haguenau.
Or, si ça nous semble peu, c’en est visiblement déjà trop pour plusieurs listes de candidat·e·s à la mairie, qui semblent à l’unisson trépigner d’impatience à l’idée d’envoyer les services de la ville passer ces beaux marqueurs de liberté à la raboteuse :
Jean-Paul VETTER envisage leur suppression comme autant de gages donnés à l’électorat accroché à la voiture en ville. Les vélos, eux, n’auront qu’à pédaler ailleurs (« rues Joffre et Foch », rues plus paisibles mais sans aucun aménagement cyclable…). Il précise cet argument génial, que la sécurité des cyclistes aurait même diminué en raison des sorties de stationnement, des scooters et voitures les utilisant les bandes cyclables comme « arrêt minute ». L’idée d’envoyer la police faire le ménage n’est pas évoquée une minute, étonnant de la part d’une liste prompte à dégainer une sécurité… un peu sélective ? Fort contre les faibles…- Alain FONTANEL, cultivant un « en même temps » très jupitérien, laisse un colistier annoncer la suppression des pistes, tout en accueillant en son sein le meilleur avocat de ces dernières. Intenable ?
M. Fontanel a depuis indiqué le retour à l’étant antérieur (donc = retour à la 2×2 voies) puis une concertation, sans en préciser toutefois le périmètre géographique ni les modalités. Et si cette concertation prônait le retour des bandes cyclables ? - Chantal CUTAJAR reçoit notre prix de l’originalité, en indiquant que c’est le niveau de pollution de l’Avenue des Vosges qui la rendrait dangereuse pour les cyclistes, d’où urgence à supprimer les pistes. Incompréhensible pour une liste qui se veut en pointe sur les problématiques de pollution et de transition écologique. Edit du 28/2 : suite à l’intervention de Strasbourg Respire, cette mesure serait abondonnée.
- A lire entre les lignes ! La liste de Catherine TRAUTMANN évoque « un axe structurant sur lequel les automobiles ne devraient pas être contraints ». Pas structurant pour les cyclistes donc ? On attendait bien mieux de celle qui a rendu le centre-ville piétonnier, osant alors s’opposer aux associations de commerçants du centre-ville.
On rappellera à nos chers compétiteurs que la voiture ayant horreur du vide, le rétablissement de la 2×2 voies urbaine entraînera le retour des 20 000 voitures quotidiennes et que cet aménagement cyclable était réclamé, non seulement par les excité·e·s de la Vélorution, mais également de nombreuses assos vélo de Strasbourg, la FNAUT Grand Est, ASTUS, Piétons 67, les lanceurs d’alerte Strasbourg Respire et un collectif d’usagers et riverains de l’Avenue.
La Vélorution reste sur ses revendications : cet aménagement provisoire était attendu et permet de sécuriser et d’optimiser le déplacement des cyclistes.
Si une concertation doit conduire à un réaménagement plus profond donnant une vraie piste en site propre comme sur l’avenue de la Forêt Noire, on applaudit des deux mains, mais la suppression de ces deux minuscules bandes ne saurait être un préalable à la réflexion.
