A Strasbourg, « réveillons la petite reine ! »

Dans cette tribune publiée par les DNA, nous invitons invite la municipalité strasbourgeoise à tenir sa promesse de campagne, de créer des itinéraires cyclables en site propre sur tous les axes principaux.

La piste cyclable qui longe le canal du Rhône au Rhin, rue du Doubs, avec vue sur l’autoroute. Photo archives DNA /Michel FRISON

« Pionnière en France, l’Eurométropole de Strasbourg avait longtemps un vélo d’avance. Si la ville affiche encore dans son marketing sa place de première ville cyclable, le réseau sécurisé y est pourtant stagnant depuis 10 ans. Aujourd’hui, la dynamique en faveur du vélo et de ses pratiques doit être relancée. La progression de la part modale est constante malgré le manque d’infrastructures. Et c’est ce manque d’infrastructures qui engendre les conflits d’usage.

Les bénéfices de la pratique du vélo pour la ville et pour l’ensemble de ses habitants ne sont plus à démontrer : pour la santé, pour la sécurité, pour la qualité de l’air, pour la convivialité, pour le commerce de proximité, pour les mesures sanitaires, pour l’apaisement sonore, pour la fluidité du trafic.

L’exemple venu des Pays-Bas

Le collectif Vélorution Strasbourg porte la parole des cyclistes du quotidien et milite pour un réseau continu et sécurisé dans les rues de l’Eurométropole de Strasbourg qui pourrait s’inspirer des villes néerlandaises dont les infrastructures ont diminué les conflits piétons/cyclistes et les accidents de la route.

Aujourd’hui 60 % des personnes qui voudraient se déplacer à vélo, s’en abstiennent en raison du danger à partager la route avec les véhicules motorisés et se reportent entre autres vers l’usage délétère de la voiture individuelle, y compris pour de très courts trajets.

Des résultats bien décevants lors du premier confinement

Lors du premier confinement, une quinzaine de collectifs et d’associations ont rédigé des lettres ouvertes pour encourager la métropole à créer des pistes transitoires, séparées du trafic automobile. Résultats bien décevants : un carrefour aménagé route de Vienne par-ci, 190 m de piste cyclable rue de Molsheim par-là, et une poignée de couloirs de bus ouverts aux vélos.

Nous entamons à présent une deuxième période de confinement, une superbe opportunité pour transformer la voirie et entamer le virage écologique et sociétal nécessaire. L’époque inédite que nous traversons doit être source d’inspirations positives. Cette crise doit être l’opportunité de changer de braquet et de dessiner, dès aujourd’hui, ce que sera la ville de demain.

Aussi le collectif Vélorution invite les élus en charge de la voirie, de la ville cyclable et marchable, des espaces publics à rendre notre cadre de vie désirable. Nous serons à leurs côtés pour les soutenir au besoin.

Les idées foisonnent, les chantiers ne manquent pas. Près de 40 kilomètres d’itinéraires composent nos lettres ouvertes, identifiés comme prioritaires : les routes d’Oberhausbergen et de Mittelhausbergen, la route du Général-de-Gaulle à Schiltigheim, la route de Schirmeck, la route des Romains, l’avenue de Colmar, le carrefour Wilson-Wodli, le carrefour Vosges-Clemenceau…

Les nouveaux usages doivent être accompagnés et favorisés : vélo cargo pour les familles, vélo utilitaire pour les professionnels, vélo électrique VAE pour les longues distances.

Les itinéraires vers la périphérie de l’EMS et au-delà, devenus accessibles avec l’essor du VAE, doivent également être priorisés, et ceux existants adaptés : les canaux de la Bruche, de la Marne-au-Rhin et du Rhône-au-Rhin, pensés pour des usages loisirs, doivent répondre aux nouveaux besoins.

Les espaces partagés piétons cyclistes, générateurs de conflits d’usage, doivent être identifiés et faire l’objet d’aménagements en site propre surtout en centre-ville.

Les élus sont au pied du mur

Réfléchissons enfin à une signalétique vélo compréhensible et unifiée, ainsi qu’à la création d’une application de signalement réactive, transparente et efficace. Le mode de transport le plus efficace de la métropole mérite mieux que des aplats de peinture dépourvus de sens. Le vélo n’a que des avantages : il est agile, silencieux, actif, zéro carbone émis, low-tech, intergénérationnel, démocratique, responsable, accessible voire gratuit, synonyme de liberté, facteur d’autonomie dès le plus jeune âge.

Strasbourg peut et doit être à la hauteur des défis d’aujourd’hui. En mai, une équipe, alors, candidate signait une tribune qui soutenait notre lettre ouverte et appelait à l’action. La voilà désormais aux manettes de la ville. À elle de rouler ! »