Communiqué de presse du collectif – 01/05/2015

Collectif 1er MaiRenovation des Bains Municipaux :

La privatisation pour tout horizon ? 

Le collectif LA VICTOIRE POUR TOUS a répondu, samedi dernier, à l’invitation de Olivier Bitz, qui se présente comme étant à la tête d’un comité de pilotage du projet de rénovation des Bains Municipaux, sous l’autorité du maire.

Nous avons précisé à l’adjoint que cette rencontre devrait être pour nous l’occasion d’en savoir plus sur l’état d’avancement de ce dossier et notamment que nous soit présenté le scénario envisagé par la municipalité pour ce projet. Nous savons en effet qu’une étude vient d’être attribuée à un architecte strasbourgeois : un diagnostic architectural, patrimonial et urbain, dont le cahier de clauses techniques particulières fait état, clairement et à plusieurs reprises, d’un « scénario envisagé par la maîtrise d’ouvrage » (la Ville), scénario que cette étude devrait valider, voire enrichir, afin de définir le cahier des charges.

Or, lors de cet entretien, même confrontés à ce document officiel, l’adjoint, tout comme le chef du service concerné, Frédéric Thommen (directeur de la construction) ont systématiquement nié l’existence d’un quelconque scénario préalablement envisagé.

Premier constat : ou bien le document officiel est fautif, ce qui est assez préoccupant ; ou bien l’on nous cache la vérité, ce qui est encore plus préoccupant !

C’est là que gît le lièvre

L’adjoint au maire nous a aussi confirmé la décision, déjà annoncée par le maire, de confier le dossier Bains Municipaux à la SPL Deux Rives, tout en nous expliquant longuement qu’il ne faut pas penser « privatisation », que le projet sera totalement géré par des instances publiques, que la SPL Deux Rives est une structure 100% publique, dont le président est le maire, Roland Ries. Nous lui avons fait remarquer qu’il existe une autre structure 100 % publique et également présidée par le maire : la Ville de Strasbourg.

Or, des dizaines de projets de rénovation ont été conduits récemment à Strasbourg, dont tous ceux relatifs au Plan Piscine, plus la BNU, le Palais de Fêtes, le Palais des Congrès… sans que le besoin d’externaliser se soit posé. Quelle est donc la spécificité des Bains Municipaux, pour que l’on décide d’externaliser le projet, en faisant appel à une SPL qui n’a d’ailleurs aucune relation, ni géographique ni fonctionnelle avec cet équipement ?

Une SPL est une société de droit privé, qui peut être constituée à 100% de capitaux publics au départ mais qui échappe aux règles des marchés publics, qui peut choisir un promoteur, une forme de gestion, etc… à sa guise, sans avoir de compte à rendre ni au conseil municipal, ni aux citoyens. De plus, la SPL Deux Rives dépend à 80% de l’Eurométropole, dont nous connaissons l’opacité des instances de décision.

Alors, dans le cas de la rénovation de nos Bains Municipaux, pourquoi faire appel à la SPL Deux Rives, qui soit dit en passant n’a pas du tout été créée pour cela, sinon pour sortir du débat public et privatiser ?

Une nouvelle invitation nous est arrivée, que nous déclinons, faute d’avoir obtenu un minimum de réponses à nos questions. Notamment : qu’en est-il de ce « scénario », privilégié ou retenu, mentionné dans le dernier appel d’offre ? Car il est temps que vous en informiez les citoyens. Et, si tel scénario n’existe pas encore, qui l’écrira : la Ville, l’Eurométropole, les citoyens, la SPL… ou un autre organisme privé ???

Selon l’adjoint, une délibération en Conseil Municipal ne doit pas tarder – « avant l’été » (sic) – qui confiera le projet de rénovation des Bains à la SPL Deux Rives. Nous considérons qu’il y a donc urgence et invitons les Strasbourgeois à se mobiliser pour que nos Bains municipaux restent accessibles à tous.

Dans la pétition qui circule et que nous vous invitons à signer, nous demandons à Monsieur le Maire de renoncer à toute action ou procédure qui dessaisirait la Ville de Strasbourg de ce dossier et qui conduirait à une privatisation partielle ou totale des Bains Municipaux. 

A propos, nous vous informons que, malgré notre demande, relancée plusieurs fois, la municipalité qui nous invite à un prétendu dialogue, ne nous a toujours pas accordé l’autorisation d’afficher et de déposer notre pétition dans les locaux des Bains Municipaux. Soucieuse de participation citoyenne et siège du Forum Mondial de la Démocratie, la Ville de Strasbourg avait pourtant accordée cette autorisation à l’association de quartier qui se battait, en 2010, justement, contre la privatisation des Bains Municipaux.

Collectif LA VICTOIRE POUR TOUS

Contact : bm.lavictoirepourtous@gmail.com

La pétition : www.mesopinions.com/petition/defendons-bains-municipaux-strasbourg

DNA : L’appel du Collectif – 7 avril 2015

La ville en débat

Devenir des Bains municipaux : Un collectif pour défendre le service public

les-bains-municipaux-chers-au-coeur-des-strasbourgeois-photo-archives-dnaUn collectif de défense des Bains municipaux (*) vient de se constituer, sous l’appellation de « La Victoire pour tous ». Son objectif ? « Défendre l’intégrité des bains et le caractère de service public de l’établissement».

Les Bains Municipaux du boulevard de la Victoire à nouveau menacés de privatisation ! Ce n’est plus une rumeur : Roland Ries, Maire de Strasbourg l’a affirmé lundi 23 mars devant le Conseil Municipal.

L’établissement sera coupé en deux, seules des douches et une piscine resteront publiques, tout le reste étant confié pour son développement et sa gestion au secteur privé : la piscine dames, les bains romains, le sauna, les nombreux locaux inoccupés au fil des ans, ainsi que la chaufferie et la cour arrière dont l’importante surface représente un grand potentiel d’extension.

C’est démanteler et dilapider un joyau du patrimoine urbain municipal, inscrit au titre des monuments historiques, qui appartient depuis plus d’un siècle à tous les Strasbourgeois et auquel ils sont très attachés.

Ils l’ont prouvé en 2010 par leur réaction à une première tentative de privatisation par la formule du PPP (Partenariat Public Privé). La Ville avait alors fait machine arrière et assuré que les Bains resteraient publics, la meilleure garantie étant que le projet serait mené avec une Société Publique Locale (SPL), structure à capital 100% public.

Aujourd’hui, c’est bien d’une SPL dont il est question – la SPL Deux Rives – mais sa mission annoncée est d’organiser le démantèlement des Bains et leur privatisation !

Quelle ville en France peut se vanter de posséder un aussi bel ensemble au service de tous ? Un luxe, le sauna ? Un luxe les bains romains ? Si oui, tant mieux puisqu’il est accessible à tous, indépendamment de la classe sociale et de l’âge. C’était bien l’ambition sociale et la réussite des élus municipaux en 1908, qui souhaitaient que le meilleur soit à la portée de chacun et pas seulement des plus aisés : cela n’est-il plus le cas aujourd’hui ?

Le prétexte à cette privatisation, c’est que la rénovation coûte trop cher, que la Ville n’a pas d’argent et que, selon le Maire, les activités « relevant notamment des soins, du bien être et de la beauté » (sic) n’ont pas vocation à être gérées par la collectivité. Ces arguments ne sont pas pertinents.

Tout se passe comme si, après trente ans de laisser aller, de quasi abandon, de dégradation progressive des locaux et des installations, la Ville de Strasbourg n’avait qu’une seule préoccupation : « comment s’en débarrasser ? », cherchant depuis des années quel pourrait bien être l’opérateur – ou la structure – à qui on pourrait refiler le bébé : PPP, DSP, SPL, SEM…

Pour pallier ce désintérêt et empêcher cette spoliation du bien public, nous avons constitué un Collectif de défense des Bains Municipaux de Strasbourg appelé « La Victoire pour tous ».

Il vise à défendre l’intégrité des Bains et le caractère de service public de l’établissement dans l’esprit qui a présidé à sa construction : un complexe de piscines, baignoires, sauna, bains romains, activités corporelles et soins par l’eau ouvert à tous, au cœur de la ville.

Il se donne pour tâche d’organiser une vraie réflexion et un authentique débat public, tout d’abord en documentant la « question des Bains » : le legs historique, la situation actuelle des bains, le potentiel de développement, les nouvelles orientations souhaitables et possibles : que veut-on et peut-on faire ? En bonne logique, le « comment faire ? » viendra ensuite.

Nous prendrons contact avec les établissements similaires dans notre région (Mulhouse), mais aussi en Allemagne (Halle, Karlsruhe, Mannheim, Hambourg, Berlin…) et dans d’autres pays pour échanger les expériences et éventuellement envisager des actions collectives dans un cadre européen.

Nous mènerons toutes actions utiles en vue de conserver ce patrimoine commun dans le giron municipal et de maintenir l’unité du site et de l’établissement qui peut (re)devenir un joyau culturel et touristique majeur de Strasbourg. Il s’agit de sauvegarder l’existant et de développer de nouvelles fonctions socialement utiles en garantissant l’accessibilité à tous et pas seulement aux plus fortunés.

Nous sommes certains qu’il est possible d’imaginer un projet sérieux, réaliste, soucieux de l’intérêt général et des finances publiques.

Nous participerons bien entendu au débat souhaité par Monsieur le Maire, mais pas sous la forme de « l’atelier de projet » qui a montré son inutilité en 2010 : un tel débat n’est utile en effet que si la Municipalité met à disposition les études et données en sa possession et surtout si elle n’a pas au préalable déjà fait les choix principaux, ne laissant à la concertation que des détails.

Nous invitons toutes les personnes intéressées, particuliers, associations, élus, usagers des Bains et/ou citoyens de Strasbourg et de l’Eurométropole à se mobiliser, à nous rejoindre et à nous communiquer leurs remarques, avis et suggestions.

Strasbourg, le 31/03/15

Pour le Collectif « La Victoire pour tous »,

Bernard Aghina, Anne Froesch, Joël Henry, Fréderic Kosman, Alexandre Kostka, Didier Laroche, Jean-Daniel Moussay, Myriam Niss, Françoise Olivier-Utard, Thierry Rouault, Maurice Schaeffer, Liane Zoppas

Pour nous contacter :
bm.lavictoirepourtous@gmail.com
06 62 83 97 48

Lien vers l’article : http://www.dna.fr/edition-de-strasbourg/2015/04/07/un-collectif-pour-defendre-le-service-public

La Victoire Pour Tous : l’appel

Les Bains Municipaux du boulevard de la Victoire à nouveau menacés de privatisation ! Ce n’est plus une rumeur : Roland Ries, Maire de Strasbourg l’a affirmé lundi 23 mars devant le Conseil Municipal.

illustration bain

L’établissement sera coupé en deux, seules des douches et une piscine resteront publiques, tout le reste étant confié pour son développement et sa gestion au secteur privé : la piscine dames, les bains romains, le sauna, les nombreux locaux inoccupés au fil des ans, ainsi que la chaufferie et la cour arrière dont l’importante surface représente un grand potentiel d’extension.

C’est démanteler et dilapider un joyau du patrimoine urbain municipal, inscrit au titre des monuments historiques, qui appartient depuis plus d’un siècle à tous les Strasbourgeois et auquel ils sont très attachés.

Ils l’ont prouvé en 2010 par leur réaction à une première tentative de privatisation par la formule du PPP (Partenariat Public Privé). La Ville avait alors fait machine arrière et assuré que les Bains resteraient publics, la meilleure garantie étant que le projet serait mené avec une Société Publique Locale (SPL), structure à capital 100% public.

Aujourd’hui, c’est bien d’une SPL dont il est question – la SPL Deux Rives – mais sa mission annoncée est d’organiser le démantèlement des Bains et leur privatisation !

Quelle ville en France peut se vanter de posséder un aussi bel ensemble au service de tous ? Un luxe, le sauna ? Un luxe les bains romains ? Si oui, tant mieux puisqu’il est accessible à tous, indépendamment de la classe sociale et de l’âge. C’était bien l’ambition sociale et la réussite des élus municipaux en 1908, qui souhaitaient que le meilleur soit à la portée de chacun et pas seulement des plus aisés : cela n’est-il plus le cas aujourd’hui ?

Le prétexte à cette privatisation, c’est que la rénovation coûte trop cher, que la Ville n’a pas d’argent et que, selon le Maire, les activités « relevant notamment des soins, du bien être et de la beauté » (sic) n’ont pas vocation à être gérées par la collectivité. Ces arguments ne sont pas pertinents.

Tout se passe comme si, après trente ans de laisser aller, de quasi abandon, de dégradation progressive des locaux et des installations, la Ville de Strasbourg n’avait qu’une seule préoccupation : « comment s’en débarrasser ? », cherchant depuis des années quel pourrait bien être l’opérateur – ou la structure – à qui on pourrait refiler le bébé : PPP, DSP, SPL, SEM…

Pour pallier ce désintérêt et empêcher cette spoliation du bien public, nous avons constitué un Collectif de défense des Bains Municipaux de Strasbourg appelé « La Victoire pour tous ».

Il vise à défendre l’intégrité des Bains et le caractère de service public de l’établissement dans l’esprit qui a présidé à sa construction : un complexe de piscines, baignoires, sauna, bains romains, activités corporelles et soins par l’eau ouvert à tous, au cœur de la ville.

Il se donne pour tâche d’organiser une vraie réflexion et un authentique débat public, tout d’abord en documentant la « question des Bains » : le legs historique, la situation actuelle des bains, le potentiel de développement, les nouvelles orientations souhaitables et possibles : que veut-on et peut-on faire ? En bonne logique, le « comment faire ? » viendra ensuite.

Nous prendrons contact avec les établissements similaires dans notre région (Mulhouse), mais aussi en Allemagne (Halle, Karlsruhe, Mannheim, Hambourg, Berlin…) et dans d’autres pays pour échanger les expériences et éventuellement envisager des actions collectives dans un cadre européen.

Nous mènerons toutes actions utiles en vue de conserver ce patrimoine commun dans le giron municipal et de maintenir l’unité du site et de l’établissement qui peut (re)devenir un joyau culturel et touristique majeur de Strasbourg. Il s’agit de sauvegarder l’existant et de développer de nouvelles fonctions socialement utiles en garantissant l’accessibilité à tous et pas seulement aux plus fortunés.

Nous sommes certains qu’il est possible d’imaginer un projet sérieux, réaliste, soucieux de l’intérêt général et des finances publiques.

Nous participerons bien entendu au débat souhaité par Monsieur le Maire, mais pas sous la forme de « l’atelier de projet » qui a montré son inutilité en 2010 : un tel débat n’est utile en effet que si la Municipalité met à disposition les études et données en sa possession et surtout si elle n’a pas au préalable déjà fait les choix principaux, ne laissant à la concertation que des détails.

Nous invitons toutes les personnes intéressées, particuliers, associations, élus, usagers des Bains et/ou citoyens de Strasbourg et de l’Eurométropole à se mobiliser, à nous rejoindre et à nous communiquer leurs remarques, avis et suggestions.

Strasbourg, le 31/03/15

Pour le Collectif « La Victoire pour tous »,

Bernard Aghina, Anne Froesch, Joël Henry, Fréderic Kosman, Alexandre Kostka, Didier Laroche, Jean-Daniel Moussay, Myriam Niss, Françoise Olivier-Utard, Thierry Rouault, Maurice Schaeffer, Liane Zoppas

Pour nous contacter :
bm.lavictoirepourtous@gmail.com
06 62 83 97 48

Paru dans les DNA, le 07/04/2015 : http://www.dna.fr/edition-de-strasbourg/2015/04/07/un-collectif-pour-defendre-le-service-public

Rue89 : Bains municipaux, toujours la tentation du morcellement – 16/02/2015

Didier Laroche et Liane Zoppas

Tribune : Bains municipaux, toujours la tentation du morcellement

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Bains municipaux de Strasbourg - avril 2012 (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Si l’avenir des Bains municipaux, situés boulevard de la Victoire dans la Neustadt, a échappé au menu de Noël du conseil municipal, il serait question d’y revenir bientôt et ce, de façon « toujours inquiétante ». C’est en tout cas ce que craignent Didier Laroche et Liane Zoppas, deux architectes qui connaissent le dossier sur le bout des doigts.

TribuneFin 2014, nous apprenions que la Ville allait engager des procédures, aux plans technique et administratif, pour avancer dans le dossier des Bains municipaux qui fait figure de « patate chaude ». D’après nos informations, le projet de réhabilitation des Bains sera transféré à l’Eurométropole. Et l’on sait que son actuel président, Robert Herrmann, rêve d’en faire un équipement « prestigieux et d’exception » inscrit dans le rayonnement de Strasbourg Eurométropole, mais bien éloigné… des Strasbourgeois. Le qualificatif « municipaux » des Bains risque de passer au stade de souvenir.

Opacité du processus de décision

De plus, selon les règles de fonctionnement définies pour l’Eurométropole, les décisions peuvent être prises en commission permanente, sans l’aval du conseil municipal, ni de celui de l’Eurométropole. Le silence sur les Bains sera ainsi renforcé par l’opacité du processus de décision.

La SPL (société publique locale), solution miracle pour la gestion des Bains, pourrait être remplacée par une SEMOP (société d’économie mixte à opération unique), nouvelle structure publique-privée rappelant l’ancien projet de PPP. Alors que les Français découvrent le musellement des pouvoirs publics par les clauses draconiennes des concessions autoroutières, perdure localement le mirage de montages financiers qui n’ont qu’un effet : gratifier les générations futures d’ardoises monumentales !

Vendre les Bains par morceaux ?

L’idée maîtresse de la démarche des élus est que l’administration municipale ne serait pas en mesure de traiter ce dossier, dont on répète à satiété qu’il est extrêmement complexe et qu’une réhabilitation implique forcément des investissements trop importants : seule une entité plus ou moins publique – SPL ou SEMOP – pourrait faire face. Comment le miracle aurait-il lieu ? En donnant toute liberté à cet organisme de procéder à des opérations foncières dont on ne dit pas la nature, mais dont on se doute qu’il s’agit de concéder à des opérateurs privés des « morceaux » de l’établissement balnéaire : pourrait-on alors vendre l’aile gauche du bâtiment, la chaufferie… ou la cour arrière ?

Loin d’une opposition de principe à la présence du privé qui peut dans certains projets présenter un intérêt, nous nous inquiétons d’un fonctionnement consistant à envisager d’abord la gestion administrative et financière et à laisser ensuite le soin à l’entité créée d’adapter un programme.

Une expertise pour réinventer le fonctionnement

Il importe au contraire avant tout de concevoir un programme et un cahier des charges, en fonction desquels saisir ensuite la ou les structures adaptées. Cette juste démarche ne rencontre qu’un obstacle : l’absence de volonté de réaliser une réelle expertise du bâtiment, sur laquelle s’appuierait l’étude de faisabilité d’une intervention concernant l’entretien et la réparation, ainsi que son extension en vue de nouvelles activités susceptibles d’enrichir l’offre existante. Au-delà de diagnostics purement techniques, il faudrait soumettre le bâtiment à une expertise programmatique susceptible de réinventer son fonctionnement.

C’est bien évidemment sur une logique urbaine et non sur la base d’un accommodement administratif qu’il faut fonder le projet ambitieux de rénovation des Bains. Si la Ville veut valoriser la Neustadt, elle doit rester fidèle à l’ambition dont témoignent les grandes opérations urbaines du début du XXème siècle, auxquelles appartient la construction des Bains. Ainsi, cet équipement est voisin du pôle universitaire principal de Strasbourg et jamais les potentialités de cette situation particulière n’ont été envisagées.

Une piscine de natation, construite à l’arrière du bâtiment, ne rendrait en rien la gestion de l’établissement trop « complexe ». En revanche, l’utilisation de cet espace pour y bâtir un hôtel de luxe ou un casino créerait des contraintes de fonctionnement certaines.

Méconnaissance d’une culture balnéaire « santé »

L’argumentation développée pour légitimer le recours au privé a toujours été de dissocier la pratique de la baignade-natation, jugée « publique », de celle des bains romains et du sauna considérée comme un luxe, alors que c’est leur ensemble qui constitue l’originalité de l’établissement. De plus, ces arguments témoignent surtout de la méconnaissance d’une culture balnéaire qui retrouve un public nombreux du fait de son impact sur la santé.

La ville de Strasbourg devrait pourtant être sensible à cette question vu le succès de l’opération « sport santé sur Ordonnance, qui concerne, entre autres, la natation, le water-polo, la gym aquatique et qui gagnerait à s’appuyer sur des structures municipales historiquement engagées dans le domaine. Il faudrait évidemment inclure ces activités dans un projet de réhabilitation qui prendrait en compte toute idée renforçant la cohésion et l’offre des Bains : une clinique de kinésithérapie en annexe ?

Quant aux activités complémentaires, pourquoi la bière, spécificité strasbourgeoise, ne trouverait-elle pas sa place dans un projet où l’eau est à l’honneur : production locale en micro-brasserie, ou création d’un label Bière des Bains ? En son temps, la reconstruction de l’Ancienne Douane ne s’est-elle pas réalisée avec l’appui d’une brasserie-mécène ?

 Une preuve de faiblesse face aux Allemands

Une logique prétendument « patrimoniale », usant de l’ancien pour l’associer au luxe et le réserver à des happy few susceptibles d’en financer le fonctionnement – avec quelques créneaux horaires d’ouverture au public pour adoucir la pilule – serait non seulement une trahison de l’idéal qui a présidé à la construction des Bains, mais une preuve de faiblesse dans le contexte rhénan, où nos voisins allemands ont su dans bien des cas, face au même patrimoine, veiller au maintien de sa vocation publique.

Valoriser le patrimoine, ce n’est plus, comme au XIXème siècle, se limiter à imposer des contraintes au renouvellement des infrastructures ; c’est tirer parti de leur caractère unique, impliquant non seulement le cadre bâti, mais aussi la fonction des lieux. Si la Ville veut faire valoir ses atouts dans le cadre d’un rayonnement européen, elle n’y parviendra pas en confisquant ce lieu aux Strasbourgeois pour en faire bénéficier quelques privilégiés, comme cela s’est produit à la Piscine Molitor à Paris. Il faudra, au contraire, ouvrir les Bains à un public non seulement attiré par le cadre exceptionnel mais par une offre élargie d’activités concernant l’eau et le corps.

100 ans de bons et loyaux services

Contrairement aux piscines plus récentes, les Bains n’ont jamais fait l’objet de rénovation. Or, rares sont les bâtiments qui, après cent ans de bons et loyaux services, peuvent se targuer d’une telle « durabilité » : ceci devrait parler aux élus attachés au développement durable et concernés par une gestion à long terme de notre patrimoine.

Didier Laroche et Liane Zoppas
Architectes

Lien vers l’article : Rue89 Strasbourg – Bains Municipaux 16/02/2015