DNA : L’appel du Collectif – 7 avril 2015

La ville en débat

Devenir des Bains municipaux : Un collectif pour défendre le service public

les-bains-municipaux-chers-au-coeur-des-strasbourgeois-photo-archives-dnaUn collectif de défense des Bains municipaux (*) vient de se constituer, sous l’appellation de « La Victoire pour tous ». Son objectif ? « Défendre l’intégrité des bains et le caractère de service public de l’établissement».

Les Bains Municipaux du boulevard de la Victoire à nouveau menacés de privatisation ! Ce n’est plus une rumeur : Roland Ries, Maire de Strasbourg l’a affirmé lundi 23 mars devant le Conseil Municipal.

L’établissement sera coupé en deux, seules des douches et une piscine resteront publiques, tout le reste étant confié pour son développement et sa gestion au secteur privé : la piscine dames, les bains romains, le sauna, les nombreux locaux inoccupés au fil des ans, ainsi que la chaufferie et la cour arrière dont l’importante surface représente un grand potentiel d’extension.

C’est démanteler et dilapider un joyau du patrimoine urbain municipal, inscrit au titre des monuments historiques, qui appartient depuis plus d’un siècle à tous les Strasbourgeois et auquel ils sont très attachés.

Ils l’ont prouvé en 2010 par leur réaction à une première tentative de privatisation par la formule du PPP (Partenariat Public Privé). La Ville avait alors fait machine arrière et assuré que les Bains resteraient publics, la meilleure garantie étant que le projet serait mené avec une Société Publique Locale (SPL), structure à capital 100% public.

Aujourd’hui, c’est bien d’une SPL dont il est question – la SPL Deux Rives – mais sa mission annoncée est d’organiser le démantèlement des Bains et leur privatisation !

Quelle ville en France peut se vanter de posséder un aussi bel ensemble au service de tous ? Un luxe, le sauna ? Un luxe les bains romains ? Si oui, tant mieux puisqu’il est accessible à tous, indépendamment de la classe sociale et de l’âge. C’était bien l’ambition sociale et la réussite des élus municipaux en 1908, qui souhaitaient que le meilleur soit à la portée de chacun et pas seulement des plus aisés : cela n’est-il plus le cas aujourd’hui ?

Le prétexte à cette privatisation, c’est que la rénovation coûte trop cher, que la Ville n’a pas d’argent et que, selon le Maire, les activités « relevant notamment des soins, du bien être et de la beauté » (sic) n’ont pas vocation à être gérées par la collectivité. Ces arguments ne sont pas pertinents.

Tout se passe comme si, après trente ans de laisser aller, de quasi abandon, de dégradation progressive des locaux et des installations, la Ville de Strasbourg n’avait qu’une seule préoccupation : « comment s’en débarrasser ? », cherchant depuis des années quel pourrait bien être l’opérateur – ou la structure – à qui on pourrait refiler le bébé : PPP, DSP, SPL, SEM…

Pour pallier ce désintérêt et empêcher cette spoliation du bien public, nous avons constitué un Collectif de défense des Bains Municipaux de Strasbourg appelé « La Victoire pour tous ».

Il vise à défendre l’intégrité des Bains et le caractère de service public de l’établissement dans l’esprit qui a présidé à sa construction : un complexe de piscines, baignoires, sauna, bains romains, activités corporelles et soins par l’eau ouvert à tous, au cœur de la ville.

Il se donne pour tâche d’organiser une vraie réflexion et un authentique débat public, tout d’abord en documentant la « question des Bains » : le legs historique, la situation actuelle des bains, le potentiel de développement, les nouvelles orientations souhaitables et possibles : que veut-on et peut-on faire ? En bonne logique, le « comment faire ? » viendra ensuite.

Nous prendrons contact avec les établissements similaires dans notre région (Mulhouse), mais aussi en Allemagne (Halle, Karlsruhe, Mannheim, Hambourg, Berlin…) et dans d’autres pays pour échanger les expériences et éventuellement envisager des actions collectives dans un cadre européen.

Nous mènerons toutes actions utiles en vue de conserver ce patrimoine commun dans le giron municipal et de maintenir l’unité du site et de l’établissement qui peut (re)devenir un joyau culturel et touristique majeur de Strasbourg. Il s’agit de sauvegarder l’existant et de développer de nouvelles fonctions socialement utiles en garantissant l’accessibilité à tous et pas seulement aux plus fortunés.

Nous sommes certains qu’il est possible d’imaginer un projet sérieux, réaliste, soucieux de l’intérêt général et des finances publiques.

Nous participerons bien entendu au débat souhaité par Monsieur le Maire, mais pas sous la forme de « l’atelier de projet » qui a montré son inutilité en 2010 : un tel débat n’est utile en effet que si la Municipalité met à disposition les études et données en sa possession et surtout si elle n’a pas au préalable déjà fait les choix principaux, ne laissant à la concertation que des détails.

Nous invitons toutes les personnes intéressées, particuliers, associations, élus, usagers des Bains et/ou citoyens de Strasbourg et de l’Eurométropole à se mobiliser, à nous rejoindre et à nous communiquer leurs remarques, avis et suggestions.

Strasbourg, le 31/03/15

Pour le Collectif « La Victoire pour tous »,

Bernard Aghina, Anne Froesch, Joël Henry, Fréderic Kosman, Alexandre Kostka, Didier Laroche, Jean-Daniel Moussay, Myriam Niss, Françoise Olivier-Utard, Thierry Rouault, Maurice Schaeffer, Liane Zoppas

Pour nous contacter :
bm.lavictoirepourtous@gmail.com
06 62 83 97 48

Lien vers l’article : http://www.dna.fr/edition-de-strasbourg/2015/04/07/un-collectif-pour-defendre-le-service-public

DNA : Trente mois de travaux.

Si tout se déroule comme prévu, les travaux de réhabilitation de l’établissement de bains du boulevard de la Victoire, à Strasbourg, pourraient être engagés en juillet 2013. Le chantier devrait s’étaler sur 30 mois.
La réhabilitation des bains est chiffrée à 30 millions d’euros. (Photo archives DNA)
En janvier 2010, en présentant le « Plan piscines », Jacques Bigot et Robert Herrmann se jetaient à l’eau en évoquant un recours à l’investissement privé pour la réhabilitation du Grand établissement municipal de bains de Strasbourg, joyau décrépit du patrimoine local.

Délégation de service public
Les remous suscités par la hantise d’une privatisation ont entraîné un processus de concertation nourri notamment par les travaux d’un « atelier de projet ».
La démarche a été close l’autre soir par une ultime réunion présidée par Robert Herrmann. À l’école des arts décoratifs, questions et réponses (les unes et les autres pointues) sur le périmètre du service public, les priorités politiques, l’équation financière, le partenariat public privé. À ceux qui sont définitivement opposés à une gestion privée des lieux, le premier adjoint au maire de Strasbourg a opposé l’équilibre budgétaire et les limites d’un service public qui ne saurait être étendu aux soins du corps et au bien-être : « Point trop n’en faut… » La messe était dite. En mai dernier a été annoncé le choix du mode de gestion. Pour préserver et valoriser un patrimoine unique, conserver l’accès à la piscine du boulevard de la Victoire dans les mêmes conditions que dans les autres établissements de la collectivité et optimiser l’édifice en proposant des services complémentaires (solarium, massages, bains romains et autres, bassin extérieur, activités paramédicales, restauration…) tout en résolvant l’équation financière en question (l’investissement est évalué à 30 millions d’euros), la collectivité entend recourir à la délégation de service public.

La piscine fermée pendant près de trois ans
Il s’agit de confier la rénovation de l’ensemble à un « partenaire du service public » via un contrat de longue durée (30 ans) qui garantit les conditions d’accès à la partie piscine (horaires, créneaux, tarifs). Le délégataire privé se rémunère à travers l’exploitation de l’établissement, des indemnités étant versées par la collectivité au titre des missions de service public.
La concrétisation du projet suppose encore de nombreuses brassées et le calendrier de l’opération reste à consolider. D’ici à la fin de l’année devraient être prises les délibérations du conseil municipal et du conseil de communauté, détaillés le cahier des charges fonctionnel et les prescriptions patrimoniales, lancées la consultation d’opérateurs et les études de diagnostic complémentaires.
De janvier 2012 à juin 2013 est prévu le « dialogue compétitif » avec les équipes retenues.
Le projet lauréat pourrait être choisi en juillet 2013. Et c’est là qu’interviendrait un événement majeur : la fermeture des bains du boulevard de la Victoire pour cause de travaux, et cela durant 30 mois, soit près de trois ans : l’équipement à rénover est complexe, protégé au titre des monuments historiques et situé dans le secteur nouvellement sauvegardé.
J.-J. B.

http://www.dna.fr/fr/strasbourg/info/5386107-Strasbourg-Bains-municipaux-Trente-mois-de-travaux#formcommentaires

DNA : Deux architectes se jettent à l’eau – 04/05/2010

DNA Deux architectes se jettent a l'eauLe 4 mai 2010, suite à la lettre ouverte adressée par les architectes Didier Laroche et Liane Zoppas à Robert Herrmann, adjoint au maire et « pilote en charge » du dossier de privatisation, les DNA publiaient une page concernant ce document et le devenir des Bains Municipaux.

 

Pour lire l’article, cliquez sur le lien : DNA Bains Municipaux 4 mai 2010

A propos des Bains Municipaux… et d’un projet municipal : Lettre ouverte à Robert Herrmann – 30/04/2010

En avril 2010, au moment de la mobilisation des Strasbourgeois contre le projet de privatisation des Bains Municipaux, Didier Laroche et Liane Zoppas adressaient une lettre ouverte à Robert Herrmann, envoyée également à tous les élus – et à la presse. Les DNA ont publié des extraits de cette lettre, dans une page consacrée au devenir des Bains Municipaux (voir lien en bas de page)*. 

Nous avons voulu la publier sur ce site car, rédigée il y a cinq ans, cette lettre pourrait presque être envoyée de nos jours : à quelques détails près, la situation n’a pas changé : l’argument du manque de moyens, le budget toujours inexpliqué, la privatisation annoncée comme seule solution, le bail emphytéotique… 

Lettre ouverte
A l’attention de Monsieur Robert Herrmann
Premier Adjoint au Maire de Strasbourg

Depuis 1995, date à laquelle fut entreprise une étude générale des Bains Municipaux de Strasbourg dans le cadre d’un diplôme d’architecte, nous sommes concernés par la question de l’avenir de cet équipement, important de par ses qualités architecturales et son rôle social.

Suite aux informations récentes concernant un éventuel changement de statut de ces Bains, nous avons été sollicités par différents interlocuteurs et avons décidé de communiquer nos réflexions à travers le texte que vous trouverez ci-joint. Tout en se gardant d’être polémique, car il est sain d’entreprendre un dialogue constructif, il vise à rappeler quelques faits relatifs à l’histoire de ce bâtiment et demande à ce que les responsables actuels fassent montre d’un intérêt pour son devenir à la hauteur des efforts déployés par les édiles qui décidèrent de sa réalisation il y a cent ans.

Car nous considérons qu’il est nécessaire de trouver une réponse consensuelle pour ce patrimoine qui, contrairement à d’autres patrimoines en déshérence, a su rester étonnamment vivant et présent dans la conscience collective.

Nos restons, bien entendu, à votre disposition pour tout échange sur la question.
Bien cordialement,

Liane Zoppas
Didier Laroche
Architectes
Strasbourg, 30 avril 2010

A propos des Bains Municipaux… et d’un projet municipal.

Les Bains Municipaux de Strasbourg constituent un élément majeur du patrimoine de la ville. Le bâtiment marque un passage entre l’architecture néoclassique de la première période allemande (1870-1900) et l’architecture Jugendstil qui s’exprime ensuite jusqu’à la première guerre mondiale.

Cet ensemble d’exception est une pièce maîtresse du vaste programme d’édifices publics qui, pendant la période d’annexion allemande, a refaçonné la capitale alsacienne. Strasbourg a été à cette époque dotée d’écoles, d’églises et a constitué un champ d’opérations urbaines importantes, comme la Grande Percée et la cité-jardin du Stockfeld, dont on fête actuellement le centenaire. Héritière de traditions allemandes et françaises, elle a fait la fusion d’un héritage européen sur lequel se fondera notre avenir.

Les politiques hygiénistes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle se sont focalisées sur la construction d’établissements de bains. Si la France a développé des bains-douches dès 1850, c’est en Allemagne qui se sont construits des établissements de bains très complets, comprenant des piscines et des bains médicaux. Pour cette raison, à Strasbourg, la décision municipale de 1898 s’est accompagnée de la création d’une commission chargée de visiter les réalisations les plus exceptionnelles déjà existantes. La rédaction d’un cahier des charges ne s’improvise pas : elle a été précédée d’une réflexion en profondeur sur les objectifs, les moyens et les modalités de mise en oeuvre de cet ambitieux projet.

Lors de la construction : des élus impliqués, des techniques innovantes…

La lecture des comptes-rendus de l’époque montre à quel point les élus se sont sentis impliqués par cette opération, allant jusqu’à discuter non seulement du programme mais aussi des détails d’architecture. La Ville a pris alors le temps de la réflexion, d’où une certaine lenteur concernant l’avancement des travaux.

Le bâtiment intégrait les techniques les plus modernes de l’époque. Une entreprise suisse pionnière dans ce domaine (Züblin AG) a réalisé pour ce bâtiment le premier exemple de structure en béton armé d’un édifice public en Alsace. Plus tard, cette même entreprise a sauvé la cathédrale en injectant des fondations de béton en remplacement des pieux de bois.

L’originalité de l’édifice de bains strasbourgeois réside dans la complémentarité programmatique : à l’équipement initial, inauguré en 1908 – deux piscines, baignoires, bains romains, bains d’air et de soleil, bains pour les chiens – sont venus se greffer d’autres éléments, pour l’essentiel des équipements à caractère médical, dans le bâtiment annexe. L’ensemble a été opérationnel en 1911.

L’histoire de cet équipement avait fait l’objet d’une étude approfondie, réalisée entre 1995 et 1997 par Liane Zoppas. Ce travail a fait l’objet d’une mission commanditée par l’Agence d’Urbanisme, puis s’est prolongé par des propositions de restructuration des Bains, dont de nombreux espaces étaient désaffectés. La mise en exergue des qualités exceptionnelles de ce bâtiment avait conduit tout naturellement à une prise de conscience de ce patrimoine négligé. Robert Hermann, alors adjoint aux Sports et vice-président de la CUS, avait pu apprécier ces éléments, en tant que membre du jury du diplôme d’architecture présenté par Liane Zoppas. Précisons tout de même que les conclusions de cette étude n’ont jamais préconisé une transformation des Bains Municipaux en équipement de type Caracalla à Baden-Baden !

Trois ans après, l’inscription de l’édifice à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques (décision du 10/10/2000) est venue confirmer l’importance du bâtiment aux yeux des responsables locaux. Depuis, l’intérêt porté à l’oeuvre de Fritz Beblo, l’architecte des Bains, n’a cessé de croître.

La problématique du devenir de cet équipement s’étend à d’autres aspects  de la gestion municipale et d’autres personnes sauront évoquer ces sujets de façon plus pertinente que nous. Nous nous limiterons ici aux questions qui touchent à l’architecture et à l’urbanisme, notre domaine de compétences.

Aujourd’hui : un bâti qui reste solide malgré des dégradations liées au manque d’entretien.

L’étude remise à la Ville il y a 15 ans montrait que l’édifice présentait, en ce qui concerne le bâti, un état général satisfaisant. Cependant, des mesures urgentes s’imposaient afin d’éviter certains processus de dégradation : par exemple dans le secteur des bains-douches, mais aussi dans des lieux désaffectés comme la terrasse des bains d’air et de soleil, ou les bains pour chiens.

Aujourd’hui, une visite des lieux nous a montré que la situation n’avait pas changé. En ce qui concerne la « décrépitude » souvent évoquée de ce bâtiment, les dégradations restent, pour la plupart, plutôt superficielles (au niveau des enduits et de certaines boiseries). Mais le bâti, dans sa structure même, ne pose pas de souci majeur. Les bassins, par exemple, quoique anciens et ne répondant pas aux normes actuelles de construction, posent moins de problèmes de fuites que ceux d’autres piscines de la CUS. Ceci est dû à la qualité de leur réalisation il y a plus de cent ans. Par ailleurs, en ce qui concerne la non-conformité aux normes d’aujourd’hui, le service technique s’emploie à adapter les installations, de sorte que l’eau des piscines de la Victoire reste de bonne qualité.

Au niveau du secteur de bains-douches, des sérieux dommages résultent de fuites importantes, déjà signalées il y a 15 ans et dont l’origine n’est pas liée au projet initial, mais à des travaux postérieurs pour le remplacement de certaines baignoires par des douches. Il serait sans doute nécessaire de revoir les installations techniques (réseau électrique, ventilation…), et bien sûr les canalisations, parfois très anciennes, un problème qui, à Strasbourg, n’est pas l’apanage de cet édifice. Enfin, des évaluations techniques nécessaires concernant le système de chauffage avaient déjà été évoquées par l’étude précédente. Par ailleurs, la chaufferie des Bains, conçue pour fournir de la chaleur à d’autres bâtiments (notamment l’école des Arts Décoratifs) est aujourd’hui surdimensionnée pour les seuls besoins des Bains Municipaux.

Parmi les propositions faites en 1997 figuraient des scénarios d’utilisation de la cour arrière, totalement inexploitée malgré son exposition privilégiée et la qualité exceptionnelle des volumes construits (façade arrière des Bains).

Sur le devenir des bains

Aujourd’hui la Ville nous apprend qu’elle a retenu le scénario d’une cession (bail emphytéotique?) à des investisseurs privés, considérant que l’entretien de l’équipement est trop onéreux. Un budget imprécis (les chiffres oscillent entre 18 et 30 millions d’euros) est avancé comme argument, mais nous n’avons pas pu obtenir d’explications sur l’origine de ces chiffres. Ce chiffrage s’appuie-t-il sur un projet ou du moins sur un cahier de charges ?

Peut-on raisonnablement avancer des chiffres alors que n’ont pas étés définies au préalable des intentions sur le fonctionnement ultérieur de l’édifice ? Par ailleurs, la Communauté Urbaine engage, sans que cela semble poser problème, des budgets semblables sur les autres piscines de l’agglomération strasbourgeoise, les Bains Municipaux, rebaptisés Piscine de la Victoire, étant délibérément exclus de cette liste.

Les Bains de cette époque, dont pourtant beaucoup ont souffert au cours du XXe siècle, retiennent l’attention des autorités outre-Rhin : il serait étrange que ceux de Strasbourg, parmi les plus réussis et probablement les mieux conservés de cette série d’édifices, ne bénéficient pas des mêmes égards.

La Ville doit faire face à de nombreux cas de conservation de son patrimoine architectural. Il n’est pas en soi scandaleux de faire appel à des investisseurs privés pour assurer l’avenir d’un patrimoine que les ressources seules de la Ville ne peuvent garantir. Mais dans le cas des Bains Municipaux de Strasbourg, cette hypothèse, qui remet en cause le principe même du programme réalisé par la Ville en son temps, ne devrait même pas être envisagée, puisque les Bains continuent à fonctionner avec un public fidèle et attaché à ces lieux, comme le démontrent les réactions immédiates des usagers à l’annonce du projet municipal. Il ne s’agit pas seulement d’une piscine, mais également d’un ensemble de services dont l’on ne trouve pas l’équivalent ailleurs au centre-ville, avec des bains romains, puis aussi des cours d’aquagym 3ème âge ou pré-natale, parmi les activités originales proposées par les personnels du service public des Bains.

Un gros potentiel patrimonial

Tout ce qui précède implique, pour la Ville, de bien considérer les enjeux d’une rénovation, rendue nécessaire par l’absence d’un entretien adéquat. Il s’agit d’inscrire cette question dans le cadre d’un débat d’urbanisme et de société, qui se doit d’être public.

La Ville de Strasbourg a fait une demande de classement du Quartier allemand (Neustadt) au Patrimoine Mondial de l’Unesco et une grande exposition est prévue sur les relations franco-allemandes en architecture. Bien consciente du potentiel patrimonial de cette période de l’histoire, la municipalité ne saurait donc en aucun cas se défaire d’une des pièces maîtresses de cet héritage.

En l’absence d’éléments qui permettraient d’apprécier le projet de transformation de l’édifice, on peut imaginer cependant qu’une orientation vers le privé – en admettant que le bâtiment reste un établissement de bains ! – aurait pour conséquence la hausse des tarifs et, par conséquent, la redirection du public actuel vers des sites péri-urbains. On serait alors en totale contradiction avecles efforts actuels des grandes villes pour redensifier les centres urbains en proposant d’y réintroduire les équipements aujourd’hui excentrés, consommateurs d’energie par les déplacements qu’ils induisent. De plus, l’évocation des piscines du Wacken et de la Kibitznau comme solution de remplacement de la seule piscine du centre Ville ne peut être justifiée, surtout lorsque l’on considère le projet de « piscine nordique » annoncé pour le Wacken…

Il conviendrait donc de continuer la réflexion engagée il y a 15 ans – et interrompue entretemps – en mettant en avant les usages existants, puis ceux qu’il est possible de créer grâce à une réappropriation des espaces désaffectés. Comme lors de la construction du bâtiment, l’étude du traitement d’équipements semblables en Europe permettrait de valider certaines hypothèses ou réalisations mises en oeuvre ailleurs. Car nous gardons toujours à l’esprit « le naufrage de l’Océade » (voir DNA, 29/07/2006)…

L’eau, la gestion de l’eau, les nouveaux rapports à la pratique des bains sont dans le monde entier des thèmes qui font l’objet de recherches, d’expositions… comme ce fut le cas encore récemment à Strasbourg, lors des journées organisées par l’ENGEES.

Souhaitons que nos élus, plutôt que de vouloir résoudre de façon expéditive un problème de budget somme toute gérable (et après avoir critiqué le fait que la précédente municipalité ait bradé l’Aubette) ne ratent pas l’occasion de se saisir de cet enjeu que constitue l’avenir des Bains Municipaux ! 

Liane Zoppas
Didier Laroche
Architectes
Strasbourg, 30/04/2010

* Pour lire l’article DNA, cliquer sur ce lien : DNA Bains Municipaux 4 mai 2010