Au-delà de ce discours philanthropique, que peut-on voir des réels enjeux de ce projet?
Pourquoi nous intéresse-t-il particulièrement? Après tout, l’exploitation est la chose au monde la mieux partagée. Combien de situations de souffrances au travail à documenter, alors qu’elles sont subies dans l’anonymat ? Les JMV ne sont pour nous qu’un exemple-type, parmi tant d’autres. Mais il faut dire que ce projet coche de très nombreuses cases, à plus d’un titre.
Cocher des cases. Voilà à quoi ressemble une grande partie du monde de l’entreprise aujourd’hui.
– Accéder au foncier : de nombreuses entreprises sont limitées par cette nécessité. Dans le contexte actuel de tension foncière et de hausse des prix du locatif, trouver des bâtiments appropriés, bureaux, etc., peut constituer une gageure. Dans le secteur agricole, l’accès au foncier, et en l’occurrence aux terres agricoles, exige l’aval des SAFER et autres institutions régionales, accord qui n’est pas toujours garanti.
Pour les JMV, cocher la case d’ « agriculture urbaine », doublé de la case « insertion » leur permet de bénéficier de préférences en la matière.
– Réduire le coût de la main d’oeuvre : de nombreuses entreprises rivalisent d’ingéniosité pour cela, en jouant sur les exonérations diverses pour les bas salaires, les tours de passe-passe entre part salariale et primes diverses permettant d’optimiser la fourchette de traitements, etc.
Pour les JMV, cocher la case « emploi d’insertion » leur permet de faire peser 75% de la masse salariale sur la collectivité.
– S’assurer un encadrement bon marché, et docile : pour beaucoup d’entreprises, la part dévolue à l’encadrement est très conséquente dans leurs dépenses, résultat d’une tertiarisation grandissante de la production. Confrontés à une tentative globale de rogner sur leurs salaires, les cadres tendent à lutter pour éviter ce déclassement annoncé.
Pour les JMV, cocher la case « association d’intérêt public » leur garantit une bonne image, qui leur garantit les candidatures d’un encadrement « par vocation », que l’on peut plus facilement réduire au silence en cas de contestation de la charge de travail ou de revendication sur les salaires.
– Mieux valoriser le produit : toute entreprise cherche à trouver des sources de valeur ajoutée afin d’accroître ses marges sur ses produits.
Pour les JMV, cocher la case « agriculture biologique » en suivant un cahier des charges plutôt permissif permet de valoriser mieux les produits.
– L’optimisation fiscale : beaucoup d’entreprises cherchent à diminuer leurs charges fiscales en cochant des cases sur leurs déclarations, en déplaçant leurs revenus sur des tranches non-imposables, à pratiquer divers rescrits fiscaux, etc.
Pour les JMV, cocher la case « association d’intérêt public » diminue leurs comptes à rendre, et les ouvre l’accès à des aides publiques, ponctuelles ou pas, et à des subventions exceptionnelles en cas de déficit passager.
Mais, nous direz-vous, où est le mal?
Les JMV ne sont pas une entreprise, mais une association à but non lucratif. On peut remettre en question les méthodes managériales de la directrice, mais après tout, elle n’est qu’une salariée au service d’un projet associatif, son implication ne vise aucun enrichissement personnel à part son salaire et les avantages liés à sa fonction.
Est-ce si certain?
Ce que nous voulons, ce que nous ne voulons pas
Pour aller plus loin : l’ESS, kézako?