La vitrine

Examinons le storytelling, essentiel dans ce projet.

L’association les JARDINS DE LA MONTAGNE VERTE (JMV) a été créée le 1 décembre 2001, avec seulement 1 maraîcher et 10 personnes en insertion. Aujourd’hui, les Jardins de la Montagne Verte accueillent 150 salariés par an et une vingtaine de participants permanents qui mettent en œuvre les travaux de cette association.

Beau succès, belle expansion !

Fatima Riahi, créatrice de l’association et directrice toujours en poste décrit ainsi ses objectifs :

– permettre aux personnes en difficulté éloignées du monde du travail d’y accéder, afin de retrouver une certaine autonomie pour qu’il puisse à nouveau reprendre sa vie en main,

 » L’association compte une vingtaine de métiers différents : jardinier, préparateur de commande, maraicher, primeuriste, chauffeur-livreur, vendeur, cuisinier… Les jardins de la montagne verte comprennent un panel de métier relativement intéressant et qui permet à chacun de reprendre pied. L’objectif n’est pas de faire, des salariés des agriculteurs ou des jardiniers mais plutôt de retrouver une certaine utilité et motivation pour le travail. L’agriculture est un travail réparateur pour les personnes en difficulté éloignées du monde du travail car c’est un travail très laborieux et difficile.  » (Fatima Rihahi)

– Le deuxième objectif annoncé est de « permettre à chaque personne qui n’a pas accès aux légumes bio d’y accéder« .

Légumes de toutes saisons, produits transformés (soupes, tisanes, sauces), plantes aromatiques et médicinales sont commercialisés sous forme de paniers, ou vendus en magasin ou sur des marchés.

Madame Rihahi affirme être très préoccupée de la santé de ses clients.  » Il est primordial que nous passions régulièrement un message sur l’effet de l’alimentation saine sur le corps humain« . Pour elle, « ton premier médicament c’est ton aliment« .

Pour mener à bien ces objectifs, Fatima Rihahi n’est pas seule.

Elle administre une équipe de salariés, aux statuts divers. Fabien Creuss la seconde sur le poste de direction. Lui non plus ne tarit pas d’éloges.

Pour lui, dès le début,  » Fatima Rihahi a compris qu’il y avait un besoin en termes d’insertion des personnes éloignées de l’emploi. Comme elle est passionnée de maraîchage, elle était convaincue que le retour à la terre, les travaux de maraîchage permettait de retrouver du sens, et confiance en soi, de retrouver une notion de la saisonnalité, de temporalité, bienfaisante sur des personnes qui sont en perte de confiance, de repères, n’ont plus les codes pour s’intégrer dans la société. L’idée originale était que la nature était un bon moyen de se reconnecter à la nature. La difficulté a été de démarrer cette activité en milieu urbain« .

L’idée est de former les personnes en insertion à des  » métiers qui sont en tension et qui recrutent assez facilement « , afin que leurs profils deviennent attractifs pour des employeurs futurs.

 » On a des encadrants techniques qui sont des professionnels qui forment les salariés en insertion et on a un réseau de bénévoles qui viennent nous aider sur l’ensemble des activités « , précise-t-il.  » On suit ce que les personnes deviennent à la sortie du chantier d’insertion. Les partenaires qui nous financent ont des exigences et suivent scrupuleusement l’ensemble des actions qu’on mène avec les personnes qui nous sont adressées par Pôle Emploi ou la Mission Locale. Comme c’est des utilisations de fonds public, l’État regarde. On a des rapports permanents à faire sur le nombre de salariés qu’on accueille, les actions menées, sur les sorties des personnes, que ce soit en contrat dans un secteur conventionnel, en formation, ou en sortie négative éventuellement. Ils sont très attachés à évaluer ce qu’on appelle les « sorties positives », c’est-à-dire les personnes qui retrouvent après un emploi ou une formation qualifiante en sortant du chantier d’insertion « .

Comme le synthétise Stéphane Langhoff, président de l’association :  » Le but n°1 des JMV ce n’est pas le maraîchage comme on le dit souvent. C’est l’insertion professionnelle. Le maraîchage, la menuiserie, la cuisine sont des moyens d’y arriver« .

Stéphane Langhoff est un des membres fondateurs. Après trente ans à oeuvrer pour l’insertion à la Mission Locale de Strasbourg, Stéphane décide en 2001 de prolonger son activité par le biais de l’associatif, avec quelques amis. Parmi elleux, Fatima Rihahi se déclare intéressée par le poste de directrice, et se charge de l’étude de marché, qui la pousse à orienter l’activité de l’association vers l’agriculture.

Quels sont les rapports entre la direction et l’association ?

A vrai dire, ils semblent excellents.

« La structure de l’association est classique : il y a un bureau, une direction, des adhérents, des bénévoles. Une AG est organisée tous les ans. La directrice remet aux personnes présentes un rapport d’activité. Les membres du bureau approuvent les lignes proposées par la directrice plus qu’il ne les définit. On a une directrice qui est très performante. Le bureau approuve les projets proposés par la directrice. (…) On a une quantité d’activités qui sont développées et le CA est surtout là pour entériner. (…) Il n’y a jamais de désaccords au niveau du CA. On demande de temps en temps des explications. Il y a un groupement d’intérêt économique, un GIE, avec d’autres associations. Parfois on demande « pourquoi avec untel », mais ça se règle très facilement, puisqu’on partage un même but et les mêmes valeurs de l’insertion sociale professionnelle. Il n’y a aucun problème à ce niveau-là. (…) Les nouvelles activités peuvent être proposées par un membre du CA qui amène une bonne idée ou ça peut venir de la direction. C’est plus souvent le deuxième cas« .

Stéphane fonctionne sur la confiance. Fatima Rihahi étudie tous les appels d’offres, et sait dire quand c’est intéressant pour les JMV : « On est toujours d’accord à partir du moment où c’est dans l’insertion « , conclut-il.

 

Interrogé par téléphone en pleine crise CoViD, Damien Lang, président de la Chambre Régionale de l’Economie Sociale et Solidaire (CRESS), se félicite de l’activité d’insertion des JMV.

Selon lui, un tel accompagnement socio-professionnel permet de « remettre au travail » : le maraîchage tel que pratiqué par les JMV est un «outil de réhabilitation».

Comment définit-il l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) ?

« On retrouve de l’ESS dans tous les secteurs de la vie économique. Ce qui caractérise ces structures (entreprises, associations, ou autres), c’est leur gouvernance collective et démocratique selon le principe « un homme égale une voix » et le fait qu’elles aient pour finalité non pas le profit mais l’intérêt général. Leur lucrativité est donc limitée, mais elle peut servir à investir dans l’outil de production ou la rémunération des salariés ou à la constitution d’un matelas de crise ».

Damien Lang insiste sur ce point : elles sont en mesure d’apporter des réponses aux crises à venir. Lors de l’épidémie de CoViD, les structures de l’ESS ont mieux résisté : elles sont plus résilientes, et locales, donc mieux armées pour faire face.

De plus, elles permettent d’amortir les conséquences : chaque crise crée de nouveaux précaires, de nouvelles personnes touchées par les difficultés, et ainsi il y aura « de nouveaux profils à insérer, de nouveaux demandeurs d’emploi qui auront besoin d’être accompagnés. » « Le monde d’après, on le met déjà en œuvre dans l’ESS », prophétise-t-il.

La mission de la CRESS est donc de les soutenir. Cet organisme intervient pour représenter les structures à but non lucratif auprès des pouvoirs publics pour « débloquer des moyens » : les structures d’insertion bénéficient d’investissements de la part d’organismes publics pour qu’elles « développent de nouveaux marchés ». Des crédits et budgets fléchés en faveur du développement de l’inclusion viennent les renforcer. Il souligne qu’ « investir des deniers publics dans l’insertion, c’est mieux que de payer du chômage ». Cela permet au réinsérés de s’inscrire dans des dynamiques économiques, ce qui représente un retour sur investissement très fort.

Mais la CRESS accompagne également certaines entreprises, pour les aider à obtenir l’agrément permis par la loi ESUS.  » On rassure les partenaires publics, pour qu’ils investissent dans des entreprises qui ont une utilité sociale. Le fait qu’il y ait des entreprises de statuts classiques au sein de l’ESS permet de casser le clivage entre l’ESS et l’économie conventionnelle. La Loi PACTE de 2018 est là pour s’assurer que ce n’est pas seulement du marketing « .

Cette Loi Pacte se propose de  » Consolider les modèles économiques des entreprises de l’ESS et activer de nouveaux leviers de croissance « , en allégeant les cotisations patronales des entreprises de l’ESS, et en relevant le plafond de chiffre d’affaires annuel avant impôt commercial pour les associations.

Comme l’avait suggéré Emmanuel Macron lors de sa campagne :  » L’Economie Sociale et Solidaire est un atout pour faire réussir notre pays. Elle est inspirante pour les générations à venir « .

Pour les financeurs, financer l’emploi de chômeurs, ça s’appelle « Activation des dépenses passives ».

C’est-à-dire qu’on convertit un montant que l’on aurait « dépensé » en aide sociale en un montant que l’on dépense en « subvention au salaire ».

Pour continuer avec les concepts, cela revient à passer d’un système de « welfare » (attribution d’allocations destinées à atténuer la précarité sociale) à un système de « workfare » (création d’un sous-salariat touchant une aide en échange d’heures de travail). Le temps que dure le contrat d’insertion, la personne en insertion n’est plus décomptée comme titulaire du RSA, même si la même somme est « dépensée ».

Mais nous n’allons pas forcément creuser ce phénomène ici. Ce qui nous importe pour l’instant, c’est de voir si ce système d’insertion accomplit les promesses qu’il fait aux personnes concernées, et en premier lieu, les personnes en insertion.

 

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