Logement : la guerre des chiffres

Source de l’article DNA

Le logement est un dossier d’autant plus chaud dans une campagne municipale qu’il relève largement de la compétence du maire, surtout en matière de social. Et de fait, depuis le début de la campagne, les candidats se jettent des chiffres à la figure. Essayons de faire le tri.

En dévoilant le volet logement de leur campagne, le 15 janvier dernier au coeur du Neuhof, les Verts strasbourgeois ont mis le feu aux poudres. Il faut dire que le tableau dressé alors -20 000 demandes de logements sociaux en souffrance dans le Bas-Rhin, plus de 10 000 logements vacants à Strasbourg- a de quoi susciter le débat. Depuis, chaque fois qu’une liste se saisit du sujet, la bataille des chiffres reprend. Essayons d’y voir plus clair.

Où en est-on de la demande de logements sociaux ?

Les demandes de logements sociaux dans le Bas-Rhin sont passées de 14 446 ménages au 1er janvier 2003 à 19 191 en 2005 et 19 322 en 2007.

 Près de 6 500 ménages sans logement

Ce chiffre hors doubles comptes cumule les demandeurs inscrits chez les 13 bailleurs les plus importants du département (source : Adeus, Les notes de l’observatoire de l’habitat (NOH) n° 39, 48 et 53).

Y a-t-il pour autant 19 322 ménages sans aucun logement ?

Non. La majorité des demandeurs de logements sociaux ont déjà un logement. Près de 40% des demandes émanent même du parc social. Toutefois, près d’un tiers des demandeurs sont sans logement (NOH n°53, p. 3).

Environ 6 500 ménages sont donc hébergés en hôtel social, en foyer, chez des amis, dans la famille etc. Une partie, difficile à évaluer, des ménages concernés, fait ponctuellement l’expérience d’un hébergement en structure d’urgence ou pire.

Qui y a-t-il derrière ces demandes ?

Environ 66% des ménages demandeurs disposent d’un revenu inférieur au SMIC et 84% d’entre eux seraient éligibles à un logement dit « très social ».

En outre, les demandeurs sont, en volume, surtout des isolés ou des couples sans enfants (47% du total, NOH 53, p. 2). Cependant, du fait de la croissance des divorces et des séparations de familles, les familles monoparentales sont les plus sur-représentées parmi les ménages demandeurs, de même que les familles nombreuses.

Ce dernier cas pose clairement la question de l’adaptation du parc de logements à la demande exprimée.

Comment se porte la construction ?

– Le parc de logements sociaux bas-rhinois est ancien et vieillissant. Près de 72% des logements sont antérieurs à 1978, contre 66% dans le Haut-Rhin (source : DRE Alsace, Les chiffres de la construction, n° 2, 2007).

Dans le détail, 20% du parc datent d’avant 1960, 25% des années 1960 et encore 25% des années 1970. Les années 80 (8% du parc) ont été celles du ralentissement. Et si la reprise des années 90 se poursuit après 2000, c’est à un rythme moins soutenu. Le nombre de logements financés est, en revanche, à la hausse depuis 1999, les livraisons devraient donc repartir à moyen terme.

 10 000 logements vacants, essentiellement dans le privé

– Dans le privé, la construction neuve a connu un boom au milieu des années 90 pour se tasser depuis. Ainsi, entre 1994 et 1998, sous l’effet des incitations fiscales type Périssol et prêt 0 %, le nombre de logements commencés dans la CUS est supérieur à 3 000/an.

En 1999, 2000 et 2001, ces mesures ont moins d’effet, notamment parce que d’autres dispositifs fiscaux les concurrencent : on passe donc sous la barre des 2 000 logements commencés. En 2002 et 2004, la chute se poursuit (source DRE Alsace, fichiers Siclone et Sitadel, in Dimension Villes, Adeus, n°38, p. 2). A noter cette fois : de légers regains en 2003 et 2005, insuffisants pour renverser la tendance.

Y a-t-il plus de 10 000 logements vacants à Strasbourg ?

Oui, selon les derniers chiffres disponibles, publiés en 2003, Strasbourg comptait en 1999 près de 13 300 logements vacants. Soit 10 % du total, contre 6-7% en 1990.

Les dispositifs évoqués plus haut et le boom des années 90 seraient en partie à l’origine de cet accroissement de la vacance. Autre raison invoquée : la diminution régulière du nombre d’étudiants inscrits dans le supérieur, qui accroît la vacance des petits logements – très concernés par le phénomène (source : Dimension Villes, Adeus, n°40, p. 3).

L’essoufflement de la construction depuis 99 devrait aboutir mécaniquement à un léger recul du phénomène. Les chiffres du recensement démarré en 2004 ne devraient pas être connus avant 2009.

Rappelons que la vacance concerne essentiellement le privé. Dans le parc social de l’agglomération strasbourgeoise, elle était en 2006 de 2,2% des logements.

Manuel Plantin : Nous nous sommes appuyés sur les données disponibles dans le domaine public parce que la préfecture n’a pas jugé bon de répondre à notre demande, au nom de la réserve préfectorale. Édition du Mer 27 fév. 2008
 

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