Les Bains à la SCMHA – Société pour la Conservation des Monuments Historiques d’Alsace – juin 2015

Les Bains de Strasbourg : patrimoine municipal en danger !

Tribune publiée dans la lettre d’information de la SCMHA – Société pour la Conservation des Monuments Historiques d’Alsace – juin 2015, pages 2-4

Ci-après, les trois pages, pour lecture. 

Mais vous pouvez aussi les consulter dans la lettre d’information en question, en cliquant sur le lien suivant : SCMHA – Bains de Strasbourg (voir pages 2-4)

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Rue89 – En 2009, on parlait d’une piscine publique extérieure à la Victoire – 06/07/2015

Aujourd’hui, Rue89 fait référence à l’article publié samedi dans les DNA… 

Lien vers l’article : www.rue89strasbourg.com/2009-piscine-exterieur-victoire

Que vont devenir les Bains municipaux de Strasbourg ? La municipalité promet un débat pour l’automne, mais il semble déjà clair qu’elle ne souhaite plus s’occuper des bains romains, tandis que la piscine et quelques douches seraient maintenues. Elle a aussi confié à sa société d’architectes et d’urbanistes, la société publique locale (SPL) des Deux-Rives, une étude pour évaluer le coût de cette restructuration (pour 162 000 euros). La SPL doit aussi trouver des sociétés à qui confier la rénovation, comme l’exploitation du site.

Pourtant des études avaient été réalisées en 2009 par cinq entreprises (265 000 euros alors votés au conseil CUS) pour réhabiliter les parties abandonnées, soit environ la moitié de la surface. La publication de ces travaux a maintes fois été demandée par l’opposition comme des associations, mais la majorité s’y est toujours refusé. Elle explique qu’il faudrait anonymiser certains des témoignages et qu’elle y travaille. Les coups de gommes semblent prendre du temps.

Des travaux jamais publiés, qui doivent servir de base de travail

Autre reproche aux cabinets d’étude, ils n’auraient pas été capables d’identifier des prestataires intéressés. Les DNA ont cependant réussi à se procurer les conclusions de ces « impubliables » recherches et en livrent le contenu dans leur édition de samedi. Ces études doivent d’ailleurs servir de base de travail pour celles de la SPL.

Les deux scénarios proposent « une piscine publique d’exception », avec des bassins extérieurs supplémentaires, où se trouve un parking pour employés aujourd’hui. À l’époque, seule une petite partie du site devait être externalisée (encerclée en rouge). Pour l’extérieur, trois hypothèses sont formulées : ligne de nage, hydrothérapie et jeux d’eau ou bassin écologique (avec de la végétation).

Projet de réhabilitation du la piscine de la victoire en 2009

Ce projet propose des bains de détente en extérieur (document DNA)

Tarifs attrayants

Malheureusement, il n’y a pas de schéma similaire pour le scénario 2. L’article décrit qu’en plus, des bains chauds (saunas, hammams, bains turcs) seraient installés dans l’actuel accueil, soit un « Caracalla » à la strasbourgeoise, en référence aux thermes de Baden-Baden en Allemagne. Les tarifs sont attrayants : 3€ pour la piscine, 9€ pour la partie bien-être et santé, 7€ pour les activités aquatiques, 7€ pour la « remise en forme sèche » (massages…).

Les nouvelles pistes différentes

Les hypothèses du travail de l’adjoint au maire de Strasbourg, en charge du dossier, Olivier Bitz (PS) et encore moins les déclarations du président de l’Eurométropole Robert Herrmann (PS) ne laissent penser que de nouveaux services seront gérés par la collectivité. Il est officiellement question de confier ces extensions et les bains à des entreprises. Elles participeraient en échange aux travaux de rénovation. En revanche, il est toujours question d’utiliser la cour pour des activités de loisirs.

Membre du collectif « La Victoire pour tous », l’architecte Liane Zoppas pense que ces projections de l’époque peuvent faire rêver, mais ne risquent pas de se réaliser :

« Il est sûr qu’en pleine canicule, on se dit que cette piscine extérieure ferait le plus grand bien, mais avec ces tarifs annoncés, jamais une entreprise ne voudra investir un tel projet. Pour rentrer dans ses frais, il lui faudra pratiquer des prix bien plus élevés et donc non accessibles à tous. Les résultats de l’enquête de la SPL risquent d’être très différents. Un bassin de natation répondrait davantage aux besoins, il est impossible de nager correctement dans le centre-ville de Strasbourg. Le maire a indiqué que se serait avec un bail emphytéotique, donc très long, mais que se passera-t-il si une société veut s’arrêter au bout de quelques années ? »

Liane Zoppas s’étonne aussi que dans le programme du maire Roland Ries, la rénovation de la Victoire s’inscrivait dans le plan piscines 2010-2020. Il n’en est plus question aujourd’hui. Comme le relèvent les DNA, dans ces études les frais d’investissement étaient alors de 22 ou 23,6 millions d’euros selon le scénario, alors que les élus annoncent depuis un coût « entre 30 et 40 millions d’euros », sans plus de précisions. Leurs détracteurs les accusait de gonfler la facture réelle.

 

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Rue89 : Bains Municipaux, Olivier Bitz chargé de déminer le dossier – 07/05/2015

POLITIQUE – par Pierre France

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La piscine de la Victoire est classé comme patrimoine historique (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Que va-t-il advenir des Bains Municipaux, ce vaste ensemble doté de piscines, douches, bains romains et d’un sauna boulevard de la Victoire ? La Ville de Strasbourg ne veut plus en assurer seule l’entretien, mais des collectifs d’utilisateurs et de résidents refusent toute concession au secteur privé. Adjoint au maire en charge des dossiers chauds, Olivier Bitz a été envoyé déminer le terrain et donne rendez-vous début 2016.

Il est des dossiers comme ça qu’on se refile au 9e étage du centre administratif de Strasbourg… La rénovation des Bains Municipaux du boulevard de la Victoire, c’est Robert Herrmann qui en avait hérité durant le mandat précédent, un « cadeau » du maire Roland Ries (PS), qui lui avait déjà confié la gestion du personnel pour faire bonne mesure. Pour se sortir de ce guêpier, rénover les Bains, patrimoine historique, coûterait entre 20 et 30 millions d’euros, le premier adjoint de l’époque propose en 2010 de faire appel à un opérateur extérieur en utilisant la formule du partenariat public-privé (PPP).

Mais l’idée de confier les Bains au secteur privé avait alors provoqué un tollé. Robert Herrmann avait réussi à mobiliser contre cette idée l’opposition de droite et l’aile gauche des socialistes strasbourgeois, plus une série d’usagers et d’habitants. Après une année de polémiques et un « atelier de projet », Robert Herrmann doit reculer fin 2011. Il n’y touchera plus. Pour autant, la rénovation des Bains Municipaux est urgente.

Ce vaste ensemble construit à partir de 1908 et comprenant deux piscines, des bains romains, un sauna et des douches, le tout dans un écrin Art Nouveau, n’a pas subi de travaux depuis plus de trente ans : ses douches fuient, sa tuyauterie est à bout de souffle, sa chaudière de 1971 consomme trop d’énergie et l’isolation est à revoir.

Roland Ries : « il faut partager la charge entre le public et le privé »

[vidéo : voir lien sur le site Rue89, en bas de page]

Fin avril 2015, Roland Ries décide que l’inaction a assez duré sur ce dossier. Robert Herrmann étant devenu depuis président de l’Eurométropole, difficile de l’intéresser avec ces histoires de carrelages qui se déchaussent.

Le maire choisit alors Olivier Bitz, récemment rendu disponible après avoir survécu à l’établissement du budget 2015 de la Ville de Strasbourg. Adjoint en charge de la Krutenau, l’élu a montré qu’il savait naviguer en eaux troubles et glissantes lors du mandat précédent, avec les relations avec les cultes, le dossier de la grande mosquée ou la vente d’Énerest à Électricité de Strasbourg. Sa mission : rénover les Bains et les remettre en service pour les Strasbourgeois avant la fin du mandat, sans cristalliser d’opposition.

Pas de pression

Olivier Bitz mesure la pression :

« C’est un dossier extrêmement important, que nous devons faire aboutir avant les prochaines élections municipales. Il y a donc une urgence à agir. Après avoir reçu les instructions du maire et fait le point avec Robert Herrmann, je rencontre les associations et les structures intéressées par les Bains, afin de définir avec elles leurs attentes. Je pense qu’il faut sortir des positions idéologiques, qui n’ont jamais fait avancer les dossiers. Il y a beaucoup d’irrationnel dans cette histoire, lié à l’histoire de chacun avec l’établissement. »

Du coup, Olivier Bitz a rencontré les Amis du Vieux Strasbourg, l’Association des habitants de la Krutenau (Ahbak), des représentations syndicales des agents de l’Eurométropole et même le collectif « La Victoire pour Tous », qui maintient une pression sur la municipalité après avoir publié une tribune en février sur Rue89 Strasbourg, une pétition en avril qui a déjà réuni plus de 2 400 signatures et qui organise un rassemblement ce jeudi 7 mai devant l’établissement. Liane Zoppas, à l’origine de ce collectif avec Didier Laroche, explique :

« Lorsque nous avons rencontré Olivier Bitz, nous n’avons rien pu savoir des projets de la Ville pour les Bains. Mais c’est normal, car ils veulent toujours privatiser une partie des services disponibles, notamment le sauna et les bains romains. Mais comme ils savent qu’il y a une forte opposition, ils avancent masqués et évoquent des sommes folles pour les rénovations. En réalité, ils ne savent pas quoi faire avec cet ensemble de bâtiments, dont les espaces sont encore largement inoccupés. »

Un « débat citoyen » indispensable, selon l’Ahbak

Du côté de l’Ahbak, Christiane Goetz souhaite aussi plus de transparence de la part de la Ville :

« L’avenir de ce lieu emblématique mérite un vrai débat citoyen, impliquant les associations et les conseils de quartier, avec des outils permettant de mesurer quelles sont les attentes des Strasbourgeois et ce qu’ils sont prêts à payer. Quand les Bains ont été construits au début du siècle, ils répondaient à un projet social et de santé. La situation a évolué mais ce projet social d’alors fait partie de notre patrimoine immatériel. Quel est le projet social de la Ville aujourd’hui ? Si elle a en tête une opération touristique, qu’elle le dise et on se positionnera. De notre point de vue, il serait dommage de confier au secteur privé lucratif une partie de ce patrimoine, qui pourrait bénéficier à l’économie sociale et solidaire, ce qui serait plus en adéquation avec les buts initiaux des Bains Municipaux. »

Olivier Bitz est prêt à ce débat, promet des rencontres à la rentrée et de rendre disponibles les études qui ont été réalisées :

« Les études sont des documents administratifs auxquels chaque citoyen peut avoir accès, c’est tout à fait normal. Il n’y a rien de caché. On nous fait des procès d’intentions alors que nous n’entrons simplement pas dans le mode de gestion à ce stade, avant de se mettre d’accord sur les finalités. Un service public est une réponse jugée suffisamment importante pour l’intérêt général qu’elle justifie l’engagement de moyens publics. Est-ce qu’un sauna correspond à cette définition ? Je pense qu’on est plus dans les loisirs et le bien-être que dans la santé. Il faut donc en tirer les conclusions : quelques personnes ont pris l’habitude de faire payer à la collectivité leurs séances de sauna. Ça ne peut plus durer. »

Un « trou » de 2 millions d’euros chaque année

Selon les tarifs de la Ville, l’entrée aux bains romains coûte 15€, mais de nombreuses formules d’abonnements existent qui réduisent ce prix. Et en 2014, 9 379 entrées pour les bains romains ont été comptabilisées, 6 823 pour le saunaselon les DNA. À ce jour, Olivier Bitz estime que les Bains creusent le budget de la Ville de 2 millions d’euros chaque année mais il ne connait pas précisément les équilibres des recettes et des charges, qui sont fondues dans le budget de la Ville et qui doivent être précisés par les services.

Pour le collectif « La Victoire pour Tous », l’équilibre budgétaire des Bains est tout à fait possible :

« On peut envisager de louer les locaux vides, aménager les espaces non-bâtis, refaire toute la tarification et évidemment, réaliser des économies de fonctionnement grâce à la rénovation. Nous avons plusieurs pistes à proposer à la Ville mais qui ne semble pas vouloir les entendre. De notre point de vue, cette rénovation à 30 millions d’euros est surévaluée, pour faire accepter aux Strasbourgeois qu’ils doivent s’habituer à perdre leurs bains romains. »

En juin, le conseil de l’Eurométropole devrait voter une délibération confiant la rénovation et la gestion des Bains Municipaux à la société publique locale (SPL) Deux-Rives. Cette société était jusqu’à présent dédiée à mener à bien les aménagements de la ZAC Deux-Rives, qui s’étend du bassin de la Citadelle jusqu’au port-du-Rhin. L’ampleur des dossiers à mener et leur nombre sont déjà très important, aussi la saisie de cette SPL pour les Bains peut surprendre.

« La SPL Deux-Rives ? Savoir-faire et réactivité »

Son directeur, Éric Bazard, explique son rôle :

« Notre société est compétente pour mener des projets sur l’ensemble du territoire de nos actionnaires, c’est-à-dire l’Eurométropole. Si on nous confie la rénovations des Bains, c’est pour notre savoir-faire et notre réactivité. Deux personnes à mi-temps et aux profils complémentaires seront chargées de ce dossier. Une fois notre mission confirmée, nous allons réaliser des diagnostics et proposer aux élus un éventail d’options, fin 2015, début 2016. »

Mais pour Liane Zoppas, la saisie de la SPL vise à préparer l’arrivée du secteur privé dans les Bains :

« Contrairement à une collectivité, une SPL peut négocier directement avec une entreprise privée des marchés, sans passer par le contrôle du conseil municipal. De nombreuses rénovations de piscines ont pu être menées sans avoir recours à une société extérieure, alors pourquoi est-ce nécessaire ici ? On veut faire sortir la rénovation des Bains du débat public. »

Éric Bazard réfute ces arguments et précise que les marchés conclus par la SPL Deux-Rives doivent passer par un appel d’offres et sont soumis au contrôle des finances publiques, tout comme les collectivités.

Pour l’instant, l’objectif est de garder la piscine principale, ainsi que les douches, en gestion directe par la Ville. Mais une solution doit être trouvée pour absorber le coût des rénovations, et Roland Ries ne peut pas augmenter tous les ans les impôts. Le reste des options disponibles seront donc l’objet des futures discussions : outre une gestion externalisée des bains romains et du sauna, on parle d’un hôtel dans le bâtiment administratif, d’une piscine extérieure à la place du parking… Rendez-vous début 2016 pour les premières pistes solides, et pour vérifier si Olivier Bitz mérite son casque bleu.

Pour lire l’article sur le site : rue89strasbourg – 2015/05/07

 

 

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Rue89 : Bains municipaux, toujours la tentation du morcellement – 16/02/2015

Didier Laroche et Liane Zoppas

Tribune : Bains municipaux, toujours la tentation du morcellement

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Bains municipaux de Strasbourg - avril 2012 (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Si l’avenir des Bains municipaux, situés boulevard de la Victoire dans la Neustadt, a échappé au menu de Noël du conseil municipal, il serait question d’y revenir bientôt et ce, de façon « toujours inquiétante ». C’est en tout cas ce que craignent Didier Laroche et Liane Zoppas, deux architectes qui connaissent le dossier sur le bout des doigts.

TribuneFin 2014, nous apprenions que la Ville allait engager des procédures, aux plans technique et administratif, pour avancer dans le dossier des Bains municipaux qui fait figure de « patate chaude ». D’après nos informations, le projet de réhabilitation des Bains sera transféré à l’Eurométropole. Et l’on sait que son actuel président, Robert Herrmann, rêve d’en faire un équipement « prestigieux et d’exception » inscrit dans le rayonnement de Strasbourg Eurométropole, mais bien éloigné… des Strasbourgeois. Le qualificatif « municipaux » des Bains risque de passer au stade de souvenir.

Opacité du processus de décision

De plus, selon les règles de fonctionnement définies pour l’Eurométropole, les décisions peuvent être prises en commission permanente, sans l’aval du conseil municipal, ni de celui de l’Eurométropole. Le silence sur les Bains sera ainsi renforcé par l’opacité du processus de décision.

La SPL (société publique locale), solution miracle pour la gestion des Bains, pourrait être remplacée par une SEMOP (société d’économie mixte à opération unique), nouvelle structure publique-privée rappelant l’ancien projet de PPP. Alors que les Français découvrent le musellement des pouvoirs publics par les clauses draconiennes des concessions autoroutières, perdure localement le mirage de montages financiers qui n’ont qu’un effet : gratifier les générations futures d’ardoises monumentales !

Vendre les Bains par morceaux ?

L’idée maîtresse de la démarche des élus est que l’administration municipale ne serait pas en mesure de traiter ce dossier, dont on répète à satiété qu’il est extrêmement complexe et qu’une réhabilitation implique forcément des investissements trop importants : seule une entité plus ou moins publique – SPL ou SEMOP – pourrait faire face. Comment le miracle aurait-il lieu ? En donnant toute liberté à cet organisme de procéder à des opérations foncières dont on ne dit pas la nature, mais dont on se doute qu’il s’agit de concéder à des opérateurs privés des « morceaux » de l’établissement balnéaire : pourrait-on alors vendre l’aile gauche du bâtiment, la chaufferie… ou la cour arrière ?

Loin d’une opposition de principe à la présence du privé qui peut dans certains projets présenter un intérêt, nous nous inquiétons d’un fonctionnement consistant à envisager d’abord la gestion administrative et financière et à laisser ensuite le soin à l’entité créée d’adapter un programme.

Une expertise pour réinventer le fonctionnement

Il importe au contraire avant tout de concevoir un programme et un cahier des charges, en fonction desquels saisir ensuite la ou les structures adaptées. Cette juste démarche ne rencontre qu’un obstacle : l’absence de volonté de réaliser une réelle expertise du bâtiment, sur laquelle s’appuierait l’étude de faisabilité d’une intervention concernant l’entretien et la réparation, ainsi que son extension en vue de nouvelles activités susceptibles d’enrichir l’offre existante. Au-delà de diagnostics purement techniques, il faudrait soumettre le bâtiment à une expertise programmatique susceptible de réinventer son fonctionnement.

C’est bien évidemment sur une logique urbaine et non sur la base d’un accommodement administratif qu’il faut fonder le projet ambitieux de rénovation des Bains. Si la Ville veut valoriser la Neustadt, elle doit rester fidèle à l’ambition dont témoignent les grandes opérations urbaines du début du XXème siècle, auxquelles appartient la construction des Bains. Ainsi, cet équipement est voisin du pôle universitaire principal de Strasbourg et jamais les potentialités de cette situation particulière n’ont été envisagées.

Une piscine de natation, construite à l’arrière du bâtiment, ne rendrait en rien la gestion de l’établissement trop « complexe ». En revanche, l’utilisation de cet espace pour y bâtir un hôtel de luxe ou un casino créerait des contraintes de fonctionnement certaines.

Méconnaissance d’une culture balnéaire « santé »

L’argumentation développée pour légitimer le recours au privé a toujours été de dissocier la pratique de la baignade-natation, jugée « publique », de celle des bains romains et du sauna considérée comme un luxe, alors que c’est leur ensemble qui constitue l’originalité de l’établissement. De plus, ces arguments témoignent surtout de la méconnaissance d’une culture balnéaire qui retrouve un public nombreux du fait de son impact sur la santé.

La ville de Strasbourg devrait pourtant être sensible à cette question vu le succès de l’opération « sport santé sur Ordonnance, qui concerne, entre autres, la natation, le water-polo, la gym aquatique et qui gagnerait à s’appuyer sur des structures municipales historiquement engagées dans le domaine. Il faudrait évidemment inclure ces activités dans un projet de réhabilitation qui prendrait en compte toute idée renforçant la cohésion et l’offre des Bains : une clinique de kinésithérapie en annexe ?

Quant aux activités complémentaires, pourquoi la bière, spécificité strasbourgeoise, ne trouverait-elle pas sa place dans un projet où l’eau est à l’honneur : production locale en micro-brasserie, ou création d’un label Bière des Bains ? En son temps, la reconstruction de l’Ancienne Douane ne s’est-elle pas réalisée avec l’appui d’une brasserie-mécène ?

 Une preuve de faiblesse face aux Allemands

Une logique prétendument « patrimoniale », usant de l’ancien pour l’associer au luxe et le réserver à des happy few susceptibles d’en financer le fonctionnement – avec quelques créneaux horaires d’ouverture au public pour adoucir la pilule – serait non seulement une trahison de l’idéal qui a présidé à la construction des Bains, mais une preuve de faiblesse dans le contexte rhénan, où nos voisins allemands ont su dans bien des cas, face au même patrimoine, veiller au maintien de sa vocation publique.

Valoriser le patrimoine, ce n’est plus, comme au XIXème siècle, se limiter à imposer des contraintes au renouvellement des infrastructures ; c’est tirer parti de leur caractère unique, impliquant non seulement le cadre bâti, mais aussi la fonction des lieux. Si la Ville veut faire valoir ses atouts dans le cadre d’un rayonnement européen, elle n’y parviendra pas en confisquant ce lieu aux Strasbourgeois pour en faire bénéficier quelques privilégiés, comme cela s’est produit à la Piscine Molitor à Paris. Il faudra, au contraire, ouvrir les Bains à un public non seulement attiré par le cadre exceptionnel mais par une offre élargie d’activités concernant l’eau et le corps.

100 ans de bons et loyaux services

Contrairement aux piscines plus récentes, les Bains n’ont jamais fait l’objet de rénovation. Or, rares sont les bâtiments qui, après cent ans de bons et loyaux services, peuvent se targuer d’une telle « durabilité » : ceci devrait parler aux élus attachés au développement durable et concernés par une gestion à long terme de notre patrimoine.

Didier Laroche et Liane Zoppas
Architectes

Lien vers l’article : Rue89 Strasbourg – Bains Municipaux 16/02/2015

 

 

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DNA : Deux architectes se jettent à l’eau – 04/05/2010

DNA Deux architectes se jettent a l'eauLe 4 mai 2010, suite à la lettre ouverte adressée par les architectes Didier Laroche et Liane Zoppas à Robert Herrmann, adjoint au maire et « pilote en charge » du dossier de privatisation, les DNA publiaient une page concernant ce document et le devenir des Bains Municipaux.

 

Pour lire l’article, cliquez sur le lien : DNA Bains Municipaux 4 mai 2010

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A propos des Bains Municipaux… et d’un projet municipal : Lettre ouverte à Robert Herrmann – 30/04/2010

En avril 2010, au moment de la mobilisation des Strasbourgeois contre le projet de privatisation des Bains Municipaux, Didier Laroche et Liane Zoppas adressaient une lettre ouverte à Robert Herrmann, envoyée également à tous les élus – et à la presse. Les DNA ont publié des extraits de cette lettre, dans une page consacrée au devenir des Bains Municipaux (voir lien en bas de page)*. 

Nous avons voulu la publier sur ce site car, rédigée il y a cinq ans, cette lettre pourrait presque être envoyée de nos jours : à quelques détails près, la situation n’a pas changé : l’argument du manque de moyens, le budget toujours inexpliqué, la privatisation annoncée comme seule solution, le bail emphytéotique… 

Lettre ouverte
A l’attention de Monsieur Robert Herrmann
Premier Adjoint au Maire de Strasbourg

Depuis 1995, date à laquelle fut entreprise une étude générale des Bains Municipaux de Strasbourg dans le cadre d’un diplôme d’architecte, nous sommes concernés par la question de l’avenir de cet équipement, important de par ses qualités architecturales et son rôle social.

Suite aux informations récentes concernant un éventuel changement de statut de ces Bains, nous avons été sollicités par différents interlocuteurs et avons décidé de communiquer nos réflexions à travers le texte que vous trouverez ci-joint. Tout en se gardant d’être polémique, car il est sain d’entreprendre un dialogue constructif, il vise à rappeler quelques faits relatifs à l’histoire de ce bâtiment et demande à ce que les responsables actuels fassent montre d’un intérêt pour son devenir à la hauteur des efforts déployés par les édiles qui décidèrent de sa réalisation il y a cent ans.

Car nous considérons qu’il est nécessaire de trouver une réponse consensuelle pour ce patrimoine qui, contrairement à d’autres patrimoines en déshérence, a su rester étonnamment vivant et présent dans la conscience collective.

Nos restons, bien entendu, à votre disposition pour tout échange sur la question.
Bien cordialement,

Liane Zoppas
Didier Laroche
Architectes
Strasbourg, 30 avril 2010

A propos des Bains Municipaux… et d’un projet municipal.

Les Bains Municipaux de Strasbourg constituent un élément majeur du patrimoine de la ville. Le bâtiment marque un passage entre l’architecture néoclassique de la première période allemande (1870-1900) et l’architecture Jugendstil qui s’exprime ensuite jusqu’à la première guerre mondiale.

Cet ensemble d’exception est une pièce maîtresse du vaste programme d’édifices publics qui, pendant la période d’annexion allemande, a refaçonné la capitale alsacienne. Strasbourg a été à cette époque dotée d’écoles, d’églises et a constitué un champ d’opérations urbaines importantes, comme la Grande Percée et la cité-jardin du Stockfeld, dont on fête actuellement le centenaire. Héritière de traditions allemandes et françaises, elle a fait la fusion d’un héritage européen sur lequel se fondera notre avenir.

Les politiques hygiénistes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle se sont focalisées sur la construction d’établissements de bains. Si la France a développé des bains-douches dès 1850, c’est en Allemagne qui se sont construits des établissements de bains très complets, comprenant des piscines et des bains médicaux. Pour cette raison, à Strasbourg, la décision municipale de 1898 s’est accompagnée de la création d’une commission chargée de visiter les réalisations les plus exceptionnelles déjà existantes. La rédaction d’un cahier des charges ne s’improvise pas : elle a été précédée d’une réflexion en profondeur sur les objectifs, les moyens et les modalités de mise en oeuvre de cet ambitieux projet.

Lors de la construction : des élus impliqués, des techniques innovantes…

La lecture des comptes-rendus de l’époque montre à quel point les élus se sont sentis impliqués par cette opération, allant jusqu’à discuter non seulement du programme mais aussi des détails d’architecture. La Ville a pris alors le temps de la réflexion, d’où une certaine lenteur concernant l’avancement des travaux.

Le bâtiment intégrait les techniques les plus modernes de l’époque. Une entreprise suisse pionnière dans ce domaine (Züblin AG) a réalisé pour ce bâtiment le premier exemple de structure en béton armé d’un édifice public en Alsace. Plus tard, cette même entreprise a sauvé la cathédrale en injectant des fondations de béton en remplacement des pieux de bois.

L’originalité de l’édifice de bains strasbourgeois réside dans la complémentarité programmatique : à l’équipement initial, inauguré en 1908 – deux piscines, baignoires, bains romains, bains d’air et de soleil, bains pour les chiens – sont venus se greffer d’autres éléments, pour l’essentiel des équipements à caractère médical, dans le bâtiment annexe. L’ensemble a été opérationnel en 1911.

L’histoire de cet équipement avait fait l’objet d’une étude approfondie, réalisée entre 1995 et 1997 par Liane Zoppas. Ce travail a fait l’objet d’une mission commanditée par l’Agence d’Urbanisme, puis s’est prolongé par des propositions de restructuration des Bains, dont de nombreux espaces étaient désaffectés. La mise en exergue des qualités exceptionnelles de ce bâtiment avait conduit tout naturellement à une prise de conscience de ce patrimoine négligé. Robert Hermann, alors adjoint aux Sports et vice-président de la CUS, avait pu apprécier ces éléments, en tant que membre du jury du diplôme d’architecture présenté par Liane Zoppas. Précisons tout de même que les conclusions de cette étude n’ont jamais préconisé une transformation des Bains Municipaux en équipement de type Caracalla à Baden-Baden !

Trois ans après, l’inscription de l’édifice à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques (décision du 10/10/2000) est venue confirmer l’importance du bâtiment aux yeux des responsables locaux. Depuis, l’intérêt porté à l’oeuvre de Fritz Beblo, l’architecte des Bains, n’a cessé de croître.

La problématique du devenir de cet équipement s’étend à d’autres aspects  de la gestion municipale et d’autres personnes sauront évoquer ces sujets de façon plus pertinente que nous. Nous nous limiterons ici aux questions qui touchent à l’architecture et à l’urbanisme, notre domaine de compétences.

Aujourd’hui : un bâti qui reste solide malgré des dégradations liées au manque d’entretien.

L’étude remise à la Ville il y a 15 ans montrait que l’édifice présentait, en ce qui concerne le bâti, un état général satisfaisant. Cependant, des mesures urgentes s’imposaient afin d’éviter certains processus de dégradation : par exemple dans le secteur des bains-douches, mais aussi dans des lieux désaffectés comme la terrasse des bains d’air et de soleil, ou les bains pour chiens.

Aujourd’hui, une visite des lieux nous a montré que la situation n’avait pas changé. En ce qui concerne la « décrépitude » souvent évoquée de ce bâtiment, les dégradations restent, pour la plupart, plutôt superficielles (au niveau des enduits et de certaines boiseries). Mais le bâti, dans sa structure même, ne pose pas de souci majeur. Les bassins, par exemple, quoique anciens et ne répondant pas aux normes actuelles de construction, posent moins de problèmes de fuites que ceux d’autres piscines de la CUS. Ceci est dû à la qualité de leur réalisation il y a plus de cent ans. Par ailleurs, en ce qui concerne la non-conformité aux normes d’aujourd’hui, le service technique s’emploie à adapter les installations, de sorte que l’eau des piscines de la Victoire reste de bonne qualité.

Au niveau du secteur de bains-douches, des sérieux dommages résultent de fuites importantes, déjà signalées il y a 15 ans et dont l’origine n’est pas liée au projet initial, mais à des travaux postérieurs pour le remplacement de certaines baignoires par des douches. Il serait sans doute nécessaire de revoir les installations techniques (réseau électrique, ventilation…), et bien sûr les canalisations, parfois très anciennes, un problème qui, à Strasbourg, n’est pas l’apanage de cet édifice. Enfin, des évaluations techniques nécessaires concernant le système de chauffage avaient déjà été évoquées par l’étude précédente. Par ailleurs, la chaufferie des Bains, conçue pour fournir de la chaleur à d’autres bâtiments (notamment l’école des Arts Décoratifs) est aujourd’hui surdimensionnée pour les seuls besoins des Bains Municipaux.

Parmi les propositions faites en 1997 figuraient des scénarios d’utilisation de la cour arrière, totalement inexploitée malgré son exposition privilégiée et la qualité exceptionnelle des volumes construits (façade arrière des Bains).

Sur le devenir des bains

Aujourd’hui la Ville nous apprend qu’elle a retenu le scénario d’une cession (bail emphytéotique?) à des investisseurs privés, considérant que l’entretien de l’équipement est trop onéreux. Un budget imprécis (les chiffres oscillent entre 18 et 30 millions d’euros) est avancé comme argument, mais nous n’avons pas pu obtenir d’explications sur l’origine de ces chiffres. Ce chiffrage s’appuie-t-il sur un projet ou du moins sur un cahier de charges ?

Peut-on raisonnablement avancer des chiffres alors que n’ont pas étés définies au préalable des intentions sur le fonctionnement ultérieur de l’édifice ? Par ailleurs, la Communauté Urbaine engage, sans que cela semble poser problème, des budgets semblables sur les autres piscines de l’agglomération strasbourgeoise, les Bains Municipaux, rebaptisés Piscine de la Victoire, étant délibérément exclus de cette liste.

Les Bains de cette époque, dont pourtant beaucoup ont souffert au cours du XXe siècle, retiennent l’attention des autorités outre-Rhin : il serait étrange que ceux de Strasbourg, parmi les plus réussis et probablement les mieux conservés de cette série d’édifices, ne bénéficient pas des mêmes égards.

La Ville doit faire face à de nombreux cas de conservation de son patrimoine architectural. Il n’est pas en soi scandaleux de faire appel à des investisseurs privés pour assurer l’avenir d’un patrimoine que les ressources seules de la Ville ne peuvent garantir. Mais dans le cas des Bains Municipaux de Strasbourg, cette hypothèse, qui remet en cause le principe même du programme réalisé par la Ville en son temps, ne devrait même pas être envisagée, puisque les Bains continuent à fonctionner avec un public fidèle et attaché à ces lieux, comme le démontrent les réactions immédiates des usagers à l’annonce du projet municipal. Il ne s’agit pas seulement d’une piscine, mais également d’un ensemble de services dont l’on ne trouve pas l’équivalent ailleurs au centre-ville, avec des bains romains, puis aussi des cours d’aquagym 3ème âge ou pré-natale, parmi les activités originales proposées par les personnels du service public des Bains.

Un gros potentiel patrimonial

Tout ce qui précède implique, pour la Ville, de bien considérer les enjeux d’une rénovation, rendue nécessaire par l’absence d’un entretien adéquat. Il s’agit d’inscrire cette question dans le cadre d’un débat d’urbanisme et de société, qui se doit d’être public.

La Ville de Strasbourg a fait une demande de classement du Quartier allemand (Neustadt) au Patrimoine Mondial de l’Unesco et une grande exposition est prévue sur les relations franco-allemandes en architecture. Bien consciente du potentiel patrimonial de cette période de l’histoire, la municipalité ne saurait donc en aucun cas se défaire d’une des pièces maîtresses de cet héritage.

En l’absence d’éléments qui permettraient d’apprécier le projet de transformation de l’édifice, on peut imaginer cependant qu’une orientation vers le privé – en admettant que le bâtiment reste un établissement de bains ! – aurait pour conséquence la hausse des tarifs et, par conséquent, la redirection du public actuel vers des sites péri-urbains. On serait alors en totale contradiction avecles efforts actuels des grandes villes pour redensifier les centres urbains en proposant d’y réintroduire les équipements aujourd’hui excentrés, consommateurs d’energie par les déplacements qu’ils induisent. De plus, l’évocation des piscines du Wacken et de la Kibitznau comme solution de remplacement de la seule piscine du centre Ville ne peut être justifiée, surtout lorsque l’on considère le projet de « piscine nordique » annoncé pour le Wacken…

Il conviendrait donc de continuer la réflexion engagée il y a 15 ans – et interrompue entretemps – en mettant en avant les usages existants, puis ceux qu’il est possible de créer grâce à une réappropriation des espaces désaffectés. Comme lors de la construction du bâtiment, l’étude du traitement d’équipements semblables en Europe permettrait de valider certaines hypothèses ou réalisations mises en oeuvre ailleurs. Car nous gardons toujours à l’esprit « le naufrage de l’Océade » (voir DNA, 29/07/2006)…

L’eau, la gestion de l’eau, les nouveaux rapports à la pratique des bains sont dans le monde entier des thèmes qui font l’objet de recherches, d’expositions… comme ce fut le cas encore récemment à Strasbourg, lors des journées organisées par l’ENGEES.

Souhaitons que nos élus, plutôt que de vouloir résoudre de façon expéditive un problème de budget somme toute gérable (et après avoir critiqué le fait que la précédente municipalité ait bradé l’Aubette) ne ratent pas l’occasion de se saisir de cet enjeu que constitue l’avenir des Bains Municipaux ! 

Liane Zoppas
Didier Laroche
Architectes
Strasbourg, 30/04/2010

* Pour lire l’article DNA, cliquer sur ce lien : DNA Bains Municipaux 4 mai 2010

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